Urgences
Urgences © MaxPPP / Pierre Heckler

C’est cette nouvelle sensibilité qui explique pour une bonne part la naissance, il y a cinquante ans précisément, en 1965, des SMUR – services mobiles d’urgence et de réanimation.

L’urgence ? Le mot survient au centre de l’organisation des soins.

L’année précédente, un médecin de Nancy, réveillé à quatre heures du matin, après une rixe, avait dit : « Je m’habille et j’attends le blessé ». Seulement, l’ambulance n’était arrivée qu’après la mort de celui-ci. Le juge d’instruction avait cru bon d’arrêter le docteur qui, menotté, avait fait une entrée sensationnelle au Palais de justice sous les applaudissements de ses patients et les flashes de Paris-Match. Le vieux système du médecin de famille corvéable à merci arrivait à bout de souffle. Mais comment faire ? C’est par le ministère de la Santé que les expériences pionnières trouvèrent leur chemin : après les SMUR, ce furent les SAMU.

Cette histoire est donc très récente. Elle s’est écrite sous le signe du sanitaire, évidemment. Mais voilà que le social, refoulé par le souci de la performance, revient en force. Dans « L’Assommoir » de Zola, quand le brancard arrive enfin, Gervaise refuse violemment « Non, non, pas à l’hôpital ». Les pauvres d’autrefois pensaient spontanément à d’autres recours. Aujourd’hui, quels lieux d’hospitalité restent-ils ? Pour prendre un exemple d’aujourd’hui, les migrants érythréens et soudanais qui viennent d’être chassés sans ménagement de leur campement de La Chapelle à Paris peuvent être tentés d’aller droit aux urgences. Quelle langue utilisera-t-on pour leur expliquer que le lieu n’est pas dédié à l’aménité mais à la technicité ?

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Travaux de Mme Sylvie Morel spécialiste de l'urgence sanitaire (Centre Nantais de sociologie)

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