Place du gouvernement à Alger en 1899
Place du gouvernement à Alger en 1899 © domaine public / The Library of Congress

Au moment de l’ouverture de l’hôpital de Bobigny en 1937, nul n’envisageait que les musulmans d’Afrique du Nord feraient souche en France. Pourtant, à considérer les statistiques du début du XXème, le nombre des Français musulmans était déjà comparable à celui d’aujourd’hui. C’est une donnée historique que nous avons tendance à oublier. Il est vrai qu’à l’époque, ces Français de seconde zone résidaient non de ce côté mais de l’autre de la Méditerranée : l’Algérie n’était-elle pas composée de trois départements ?

Aujourd’hui il est exigé des musulmans de France l’acceptation de la laïcité, caractéristique intangible de la République. Certains d’entre eux font d’ailleurs du respect strict de cette valeur un point d’honneur. Mais il convient de savoir que la Troisième République pratiqua, elle, une laïcité à géométrie variable. Dans ce qu’on appela la métropole, se jouait et se rejouait sans cesse la guerre des deux France, la catholique et la républicaine. Mais dans les colonies, les autorités naviguaient entre les opportunités : les mêmes qui à Paris applaudissaient l’expulsion des congrégations étaient bien contents de voir leurs membres gagner l’Indochine, l’Océanie ou l’Afrique noire.

En Afrique du Nord, la situation était particulière. Le pragmatisme imposait de pactiser avec l’Islam. Tout en l’encadrant évidemment. En Algérie, en dépit de la loi de séparation qui resta lettre morte, la République payait quelques milliers de muftis et d’imams. Au Maroc, Lyautey prônait de laisser s’écouler sans filtre aucun la profusion de sacré qu’emmagasinait l’Islam chérifien.

Alors qu’aujourd’hui, la France vit tumultueusement sa nouvelle rencontre avec l’Islam, une connaissance minimale de ces pratiques d’échange et de collaboration qui avaient cours de l’autre côté de la Méditerranée rendrait peut-être moins violent le choc de nos incultures réciproques.

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