A la nouvelle qu’Alstom passait d’un actionnaire français de référence à un actionnaire allemand à 50%, Daniel Cohn-Bendit réagissait vivement...

Usine d'assemblage de la Coccinelle à Wolfsburg - Septembre 1956
Usine d'assemblage de la Coccinelle à Wolfsburg - Septembre 1956 © Getty / Keystone features

A la nouvelle qu’Alstom passait d’un actionnaire français de référence à un actionnaire allemand à 50%, Daniel Cohn-Bendit réagissait vivement. Il citait des exemples inverses : Peugeot et Opel…Il aurait pu ajouter des achats importants effectués en Allemagne en 2016 par Seb ou LVMH…

Et il ajoutait : via Siemens, Alstom va connaître la cogestion. L’un des caractères importants du modèle industriel allemand est en effet la cogestion – il faudrait plutôt dire : la codétermination – par les partenaires sociaux, branche par branche, des dispositions relatives au temps de travail et de congés… Mais la codétermination s’exporte-t-elle aussi bien que les capitaux ne s’internationalisent ?

Un autre des caractères du modèle allemand était la « banque-industrie », le financement prioritaire de l’industrie par les établissements de crédit fédéraux ou nationaux. Cette spécificité s’est déjà effacée. Quant à la codétermination, elle peut, à son tour, être érodée. A l’intérieur, par la multiplication des petites structures, notamment dans l’économie nouvelle et, à l’extérieur, par la projection des établissements allemands à l’étranger.

Les modèles industriels ne sont pas interchangeables. Celui de l’Allemagne est profondément enraciné dans une histoire longue. Celle des corporations, celle des länder, celle la méfiance vis-à-vis de l’interventionnisme d’état.

Cependant le succès du made in Germany ne résulte pas que de facteurs structurels. Il s’explique aussi par des circonstances momentanées : la position géographique d’une Allemagne qui s’est déplacée vers l’Est et les règles de fabrication qu’elle s’imposait en ont fait, un moment, l’interlocutrice préférée de nombreux pays qui émergeaient. Cela durera-t-il ?

Les trains à grande vitesse que fabrique la Chine sont déjà d’une qualité presque aussi bonne que celle à laquelle s’engage Alstom-Siemens. Et ils seront durablement moins chers.

Revue "Entreprises et Histoire", revue internationale qui publie en français ou en anglais des articles sur l’histoire des entreprises et de la gestion.

Les invités
  • Patrick Fridensondirecteur d’études au Centre de recherches historiques (CRH) à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales
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