Tandis que sa force grandissait et bien avant qu’il ne mette au point sa solution finale, Hitler avait vu l’utilité de fabriquer des réfugiés juifs. En les poussant hors d’Allemagne, il récupérait leurs biens et il semait la zizanie dans les autres pays.

Le paquebot Saint-Louis dans le port d'Anvers en juin 1939
Le paquebot Saint-Louis dans le port d'Anvers en juin 1939 © Getty / Three Lions

Tandis que sa force grandissait et bien avant qu’il ne mette au point sa solution finale, Hitler avait vu l’utilité de fabriquer des réfugiés juifs. En les poussant hors d’Allemagne, il récupérait leurs biens et il semait la zizanie dans les autres pays. Dans les démocraties en crise, certains leaders politiques allaient en effet bientôt présenter la question des réfugiés comme la « mère de tous les problèmes » - les mêmes mots qu’utilise aujourd’hui le ministre allemand de l’Intérieur.

Les juifs dont la situation devient intenable en Allemagne et en Autriche tentent de passer les frontières terrestres mais en 1938-1939, ils empruntent aussi des bateaux dont les parcours, en 1938-1939, deviennent de plus incertains à mesure que leur nombre grandit et que les ports se ferment. La ministre française des Affaires européennes, dans une note du mois dernier, observait – je cite - qu’il était « difficile de maîtriser le narratif sur la question migratoire ». 

L'été 1939, les gouvernements ne purent « maîtriser le récit » de l’errance à laquelle furent condamnés les 937 passagers juifs du Saint-Louis. Partis de Hambourg pour Cuba et l’Amérique où ils ne purent y débarquer, ils faillirent devoir retourner en Allemagne où les attendait l’hospitalité des camps nazis mais le monde entier fut informé jour après jour de leur périple : c’est ce qui permit de les sauver provisoirement.

Le Saint-Louis a laissé une trace dans la mémoire. Ce n’est pas le cas de la conférence internationale d’Evian qui, un an avant,  avait prétendu dessiner des solutions à la question. Si on veut « maîtriser le narratif », mieux vaut ne pas ébruiter l’impuissance : Evian avait été le sommet de l’impuissance. Il est vrai qu’au départ, il avait été convenu entre la trentaine de pays participants  qu’aucun n’avait à changer sa législation. Pour ne vexer personne et surtout pas Hitler qu’on n’avait pas invité, l’intitulé officiel du « comité intergouvernemental » d’Evian n’employait même pas le mot de « réfugiés », un mot qui embarrasse toujours aujourd’hui. Il ne s’agissait que d’« émigrants involontaires ». Les passagers du Saint-Louis seraient des « émigrants involontaires ».

Programmation musicale :

  • - BOF du film E la nave va de Fellini, chanson "Walzer per l'arciduca"
  • - Chanson "I don't want to set the world on fire", d'après la BOF du film Week-end royal de Roger Michell 
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