Son œuvre, c’est un grain qui germe. Elle est constamment réinventée. Et réinterprétée...

François Villon
François Villon © Getty / Ullstein bild

André Suares disait : « Il est savant, presque d’Eglise; il aurait pu être docteur ou grand juge ou qui sait quoi. Mais il fait le ribaud et l’espiègle » Les années passant, les incriminations pleuvent dru : du canular à la rixe, du crochetage à l’assassinat… L’idée de peiner toute sa vie dans l’ennui lui est sans doute insupportable. Il préfère descendre sa pente plutôt que de la remonter. C’est ainsi qu’à trente ans, il se retrouve seul, condamné à errer ou à se dissimuler.

Mais « de moi pauvre, je veux parler ». Il a une façon bien à lui. Son œuvre est un long testament délié où il s’imagine un lignage et distribue des biens sans réalité tout en se représentant écrivant, souffrant et bientôt mourant mais toujours insolent. Dès son vivant, ses poèmes circulent. Jetés au vent des routes ou aux tables des tavernes. Mais ils sont aussi connus dans les petites cours choisies qu’il lui est arrivé de fréquenter, à Blois chez le duc d’Orléans, à Moulins chez le duc de Bourbon. Dès 1489, Villon est imprimé. Avec l’édition de Clément Marot, l’autorité vient à ses textes avant que Rabelais ne le tire dans le sens du grotesque. Le XIXème marquera un nouveau départ.

Son œuvre, c’est un grain qui germe. Elle est constamment réinventée. Et réinterprétée : récemment Sapho et La souris déglinguée ! Souvent on décrète sa résurrection : Verlaine, Genet. De son vivant, sa réputation, pour reprendre un mot cher à Brassens, n’avait cessé d’empirer; aujourd’hui elle n’arrête pas de grandir. André Suares, encore lui, disait : « C’est le poète ».

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