C’était un gentilhomme accompli, indifférent aux titres mais aux manières apparemment parfaites.

Gregor Von Rezzori
Gregor Von Rezzori © Getty / ullstein bild / Contributeur

Vendredi 8 mai 2015 : Témoin « Gregor von Rezzori de Vienne en 1938 à Berlin en 1945 »

Il aimait envelopper sa haute stature d’un long manteau de fourrure, et ce bien-au-delà de l’hiver : c’était son côté ours grandi dans les Carpates.

Il était né sujet austro-hongrois dans une contrée des confins où les villes portent des noms à vous faire fourcher la langue : sa Bucovine, qui a changé cinq fois de mains en un siècle pour finir ukrainienne, n’est plus qu’un souvenir. Quand il apparaissait quelque part, l’accompagnait l’ombre de toute une Europe disparue.

Il parlait une demi-douzaine de langues et, parmi elles le yiddish. Fils d’un aristocrate antisémite accompli, il avait en effet curieusement partagé sa jeunesse avec des amis juifs et des maîtresses juives mais, disait-il, « je ne pouvais m’empêcher de me comporter avec les juifs comme les anglais avec les étrangers, je m’attendais à ce que leur comportement fût différent du mien ». Il les imitait à merveille mais les soupçonnait dès qu’ils se mettaient à lui ressembler. Ses yeux ne se dessillèrent qu’après 1938 qui marqua pour lui une rupture fondamentale.

Il commença alors à écrire. Le plus connu de ses livres s’intitule justement « Mémoires d’un antisémite ». Tous sont des variations sur sa vie, ce sont des autobiographies mais hypothétiques. Il faut se méfier : chez Gregor von Rezzori, le vrai et le faux échangeaient sans cesse leurs rôles dans un jeu ironique.

Les entretiens dont nous allons diffuser des extraits ont été réalisés en 1991, par Geneviève Ladouès et par Gérard-Julien Salvy, qui introduisait alors ses livres en France.

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