Franck Bauer s’était promis de vivre jusqu’à cent ans. Il a presque atteint l’objectif. Il était le dernier des mohicans.

Franck Bauer en 2009
Franck Bauer en 2009 © AFP / PATRICK KOVARIK

Ce sont nos maîtres. 

Face à Radio Vichy et à Radio Paris – Radio Paris ment, Radio Paris est allemand, ils avaient fait le choix d’un pacte de confiance avec l’auditeur. En exergue des Français parlent aux Français,  cinq minutes étaient  réservées au général de Gaulle et généralement dévolues à Maurice Schumann : Honneur et Patrie. Mais, ensuite, combien de fois le bulletin d’informations proprement dit n’a-t-il pas commencé par « Ce soir,  les nouvelles ne sont pas bonnes. » ? Tout n’était pas dit certes, les superviseurs anglais y veillaient mais on ne voulait pas s’appuyer sur des nouvelles fausses ou trop vite affirmées : la fiabilité comptait davantage que la célérité. 

Avec Radio-Paris qui, très inventive, allait bon train

Une course de vitesse se jouait cependant mais sur le rythme des émissions. Les Français parlent aux Français étaient animés par un homme venu du théâtre, Jacques Duchesne, qui savait comment retenir l’attention. Les méthodes des radios commerciales d’avant-guerre étaient mises à contribution. Une fois le point fait sur la situation militaire et politique et après que les messages personnels, si énigmatiques, avaient été diffusés, s’enchaînaient commentaires, interviews, chansons, sketches. L’humour n’était jamais loin, jamais trop appuyé non plus. L’auditeur en France occupée risquait gros en écoutant Radio-Londres, ce n’était pas pour rigoler à gorge déployée.

Ils étaient une quarantaine

Essentiellement des hommes mais il y avait tout de même Geneviève Brissot (« Plus parisienne, tu meurs ») et Myriam Cendras, la fille de l’écrivain. Jacques Duchesne fumait sa pipe en maintenant les équilibres, jamais loin des Anglais, toujours distant du général de Gaulle. Dans la fumée de ses cigarettes, le jeune Pierre Bourdan expliquait que l’homme avait besoin de plusieurs litres de vin par jour. L’immense Jean Marin buvait comme un pêcheur breton. 

D’autres sont moins connus aujourd’hui. Ainsi Paul Bonifas qui avançait le ventre en avant précédé d’un invraisemblable sac de voyage; il proclamait haut et fort : « J’étais simple employé de l’octroi, la République m’a permis d’entrer à la Comédie française, je viens payer ma dette. »

Bonifas était l’un des doyens. Franck Bauer est entré dans l’équipe à 23 ans. Il y est resté deux ans avant de la retrouver mi-1944 où il y découvrit Pierre Dac qui l’avait rejointe en 1943; ce n’était pas rien que de lui donner la réplique.

Il s’était promis de vivre jusqu’à cent ans. Il a presque atteint l’objectif. Il était le dernier des mohicans. 

►►► Conservatoire collaboratif des messages personnels diffusés sur BBC pendant la guerre de 39-45

Programmation musicale : Take the A train de Duke Ellington et Stéphane Grappelli.

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