Image d'un médaillon antiesclavagiste de la fin du 18ème siècle
Image d'un médaillon antiesclavagiste de la fin du 18ème siècle © British Museum

Avant que le Parlement britannique ne décide en 1833 de l’abolition dans toutes les colonies, jusqu’à l’Afrique du Sud, la publication en 1831 du témoignage de Mary Prince en 1831 provoque l’émotion.

Mary Prince vient des Bermudes qui appartiennent à la couronne depuis 1612. C’est un archipel peu peuplé où a été organisé un esclavage domestique et artisanal : l’économie n’a rien à voir avec celle des plantations, sauf que le système est aussi cruel et arbitraire.

Mary Prince avait une quarantaine d’années lorsqu’elle était arrivée en Angleterre en 1828 avec ses derniers maîtres qui souhaitaient y suivre les études de leur fils. Rhumatisante, à demi-impotente, la vue basse, les mauvais traitements l’avaient brisée. Les abolitionnistes de la Société contre l’esclavage la prennent alors en charge. Elle tient à rendre compte de son existence. Une militante abolitionniste prend en note ce qu’elle dit ; un avocat, Thomas Pringle, le met en forme avec l’intention de peser en faveur de l’abolition devant Westminster et l’opinion.

Qu’il soit permis un petit pas de côté. Le spectacle "Exhibit B" récemment présenté à Saint-Denis et à Paris a provoqué la polémique. Etaient mis vis-à-vis des performeurs noirs dans le rôle des anciens esclaves et des spectateurs qui déambulaient. Le tout dans le plus grand silence. C’est ce silence auquel ne doivent pas être réduits les noirs qui a été mis en cause par des esprits accusateurs.

Le témoignage que vous allez entendre parait échapper à ce reproche. Il est unique par sa localisation aux Bermudes. Il est particulièrement précoce alors que les autobiographies d’anciens esclaves ne se multiplieront aux Etats-Unis qu’à partir des années 1840. Néanmoins il faut garder présents à l’esprit les conditions dans lesquels il a été produit, les filtres par lesquels il est passé. C’est l’interlocuteur blanc qui tient ici la plume. « The good people in England » dont parle l’avocat Thomas Pringle dans l’édition de 1831 attend qu’il soit tenu un langage impudique quand il s’agit des descriptions des châtiments physiques et qu’en revanche, les autres moments-clés soient décrits avec piété et compassion.

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