1940, au moment où les portes du ghetto de Varsovie se refermaient, une bande de camarades respectait la vieille tradition de l’attention et de la compassion juives.

Les archives du Ghetto de Varsovie dans l'exposition permanente What We Were Unable To Shout Out To The World inaugurée en novembre 2017 à l'Institut historique juif
Les archives du Ghetto de Varsovie dans l'exposition permanente What We Were Unable To Shout Out To The World inaugurée en novembre 2017 à l'Institut historique juif © AFP / WOJTEK RADWANSKI / AFP PHOTO

Qui écrira notre histoire ? L’histoire d’un peuple qui avait un rôle en Pologne et que les nazis vouaient à la disparition. L’histoire des personnes qui le composaient et qui méritaient, toutes, l’attention.

Au moment où, à l’automne 1940, les portes du ghetto se refermaient sur quelque 400 000 individus, Emanuel Ringelblum et une bande de camarades mettaient en place des organisations qui devaient prolonger, dans des circonstances inouïes, la vieille tradition de l’attention et de la compassion juives. Celle des soupes populaires, des comités d’immeubles. Et Oneg Shabbat, Shabeys en yiddish : une société sacrée qui allait se charger de collecter, de documenter, d’archiver la vie du ghetto. 

Ringelblum y lisait les récits de Maxence Van der Meersch sur l’occupation allemande dans le Nord de la France après 1914, observant qu’il s’était déjà livré là une guerre totale contre les civils mais que cette fois-ci, c’était bien pis. Il s’agissait maintenant d’écrire ce qui pourrait être lu demain. Le travail des juges en serait rendu possible et la mémoire des survivants en serait moins difficile.

Les archives d’Oneg Shabbat ne sont pas les seules constituées dans les ghettos. Mais elles sont exceptionnelles par leur caractère volontariste : Ringelblum ne se contentait pas d’enregistrer le quotidien, il produisait des études sur des thèmes précis, il lançait de vastes enquêtes sur la rue, la chanson populaire, les femmes du ghetto… Et, professeur d’histoire à l’origine, il plaçait au-dessus de tout l’exactitude. Par exemple, il ne fallait pas attendre de lui qu’il taise la corruption qui gagnait du terrain, bien au contraire.

Les documents d’Oneg Shabbat ont été, pour une grande part d’entre eux, retrouvés en 1946 et en 1950. Ils étaient enfouis dans des caves, sous des étages de décombres. Leur publication est essentielle et, même si elle est lente, leur traduction en français avance.

Au théâtre

Par la Compagnie Retour d'Ulysse, Cabaret dans le Ghetto - D'après Ce que je lisais aux morts de Wladyslaw Szlengel au théâtre de l’Épée de Bois à Vincennes jusqu'au 27 janvier 2018, une adaptation et une mise en scène de Justine Wojtyniak.

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