La violation des caveaux des rois dans la basilique de Saint-Denis - par Hubert Robert - 1793
La violation des caveaux des rois dans la basilique de Saint-Denis - par Hubert Robert - 1793 © domaine public / Musée Carnavalet

Il est fort probable que les destructions d’objets d’art et d’histoire que met en scène l’organisation Etat islamique s’accompagnent de démontages cachés d’objets d’art et d’histoire qu’elle place ensuite dans les circuits commerciaux souterrains.

Iconoclasme ? L’usage du mot s’est peu à peu généralisé en français à partir du moment où on a compris que la destruction organisée des images tel qu’il avait été pratiqué pendant la Révolution avait dépassé le simple vandalisme.Il n’empêche, ce qu’elle donne à voir s’apparente à un iconoclasme radical. Elle sélectionne des figures anciennes qu’elle renvoie au néant ; dans l’espace laissé vide, elle veut imposer un nouveau vocabulaire. Eh oui, l’iconoclasme, c’est une pédagogie - par la violence.

Mais l’Europe avait connu déjà au moins deux moments d’iconoclasme. Au XVIe, Calvin avait voulu renverser dans les églises « les Vierges accoutrées comme les putains au bordel ». Et surtout, dès le VIIIe siècle, l’empire byzantin avait été secoué par une furieuse querelle qui dura cent ans. Les icônes étaient-elles simplement du bois peint par des mains d’hommes ou bien empruntaient-elles frauduleusement un peu de sa part de divinité à Dieu ? Dans un cas comme un autre, les iconoclastes disaient qu’elles méritaient d’être détruites.

On peut douter que les dirigeants de l’organisation Etat islamique connaissent précisément cette histoire. Mais ils ont raison de deviner que l’Occident, qui l’a apparemment oubliée aussi, est sensible à la question. Ils réveillent donc volontairement un vieil effroi en maniant masses, marteaux-piqueurs et bulldozers devant les caméras. C’est d’ailleurs un des paradoxes de l’iconoclasme contemporain : il produit à son tour des images.

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