L’admiration des Européens pour la bureaucratie céleste, comme on disait, vient de très loin. Les jésuites présentaient le système mandarinal comme une véritable révélation. Une administration radicalement différente de celle du Vieux Continent, bien davantage ouverte aux talents.

Portrait d'un mandarin chinois
Portrait d'un mandarin chinois © Getty / Hulton Deutsch

Rediffusion du 07/05/2019

L’ENA en France héritière du mandarinat chinois ! C’est une des idées qu’a contribué à accréditer en France Alain Peyrefitte, le plus sinophile de nos hommes politiques avant Jean-Pierre Raffarin. Et énarque lui-même.

L’admiration des Européens pour la bureaucratie céleste, comme on disait, vient de beaucoup plus loin. Les mandarins avaient été surpris de voir surgir depuis notre continent des ambassadeurs et plus encore des missionnaires qu’ils n’attendaient pas et qu’ils fascinèrent souvent

Les jésuites, dans les correspondances et les relations qu’ils envoyaient chez eux, présentaient le système mandarinal comme une véritable révélation. Une administration radicalement différente de celle du Vieux Continent, bien davantage ouverte aux talents, obligeant l’empereur à distinguer sa cassette des ressources publiques et se  soumettant elle-même à une instance de contrôle. Il ne lui manquait que la connaissance du vrai Dieu !

Dans les faits, le mandarinat ne ressemblait pas nécessairement au portrait qu’il voulait donner de lui-même ? Son histoire, si elle plonge en effet dans la nuit des temps, entre le IVe et le IIIe siècles  avant notre ère, et si elle se déploie dans toute sa subtilité au XIIe, est marquée de beaucoup plus de crises que ne veut bien le dire le légendaire. Et même par une rupture sous les Mongols dès le XIIIe siècle. Et elle est obérée par la routinisation quand ce n’est pas la  corruption.

Le mandarinat, si instruit, faisait semblant d’ignorer qu’il avait partie liée avec la classe des propriétaires fonciers et se présentait comme un corps de lettrés flottant au-dessus des divisons sociales et méprisant la vulgarité. C’est le propre des classes pratiquant l’idéalisme que d’attendre qu’on les idéalise.

Bibliographie 

  • Li Zhi, philosophe maudit (1527-1602) de Jean-François Billeter (Droz).
  • Le Voyage en Chine de Adriano de las Cortes et Pascal Girard (Chandeigne).
  • Prisonniers de l'empire céleste. Le désastre de la première ambassade portugaise en Chine de Pascal Girard et Joao Viegas (Chandeigne)
Les invités
  • Pascale GirardMaître de conférences en histoire moderne à l’université de Paris Est Marne la Vallée
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