Le rôle de notable en Lozère n’a jamais été enviable. Comme ailleurs, il faut de « l’abordage », de « l’avenance ». Cela s’apprend.

Le rôle de notable en Lozère n’a jamais été enviable. Comme ailleurs, il faut de « l’abordage », de « l’avenance ». Cela s’apprend. Mais l’endurance aussi est indispensable. Les routes sont si difficiles, les distances si grandes qu’il faut passer en voiture, entre Langogne et Meyrueis, le temps qu’un député des Français de l’étranger consacre à l’avion entre New York et Ottawa.

L’éligibilité n’a longtemps concerné qu’un cercle étroit d’héritiers qui se transmettaient avec le plus grand soin les biens de la terre. C’étaient les « maîtres de granit ». Aux nobles et aux propriétaires vivant noblement s’étaient adjoints les notaires et les hommes de loi. Et les médecins. Les électeurs disaient : « Docteur, vous devriez songer à vous présenter ; avec vous, nous serons bien soignés. » Pendant des générations, les rites et les mystères autour de l’urne se sont organisés ainsi. Jacques Blanc a été le dernier avatar de ce système. En bas, à Montpellier, on le surnommait le Rambo des montagnes : « Alors, tu descends de ta Lozère », se moquait Georges Frêche : en tout cas, il collectionna longtemps à peu près toutes les présidences, y compris celle de la région Languedoc-Roussillon.

Mais c’était à la fin du millénaire précédent. Depuis, la notabilité s’est dissoute à une rapidité inouïe. Est-ce l’effet du faible nombre de postes disponibles – 26 conseillers départementaux, un seul sénateur, un seul député depuis 2012, les élus se sont quasi interdits d’eux-mêmes le cumul. Parallèlement, le nombre des éligibles s’est élargi. Les élections étaient prévisibles. Elles ne le sont plus. Celle de dimanche est, par exemple, très ouverte. Et radicalement différente des cantonales d’il y a peu qui avaient, à la surprise générale, amené une majorité de gauche à la tête du département.

La Lozère, longtemps conservatrice, a été pionnière dans l’art de passer de la simple alternance au renouvellement général et recommencé.

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