“La théorie photographique s’apprend en une heure, la pratique en une journée...” Félix Nadar force le trait, en caricaturiste qu’il est demeuré. Mais il est l’exemple vivant de ce qu’il avance.

Autoportait de Nadar en 1855
Autoportait de Nadar en 1855 © Getty / Fine Art

Félix Nadar s’est converti à la photo sur le tard, en 1854, alors que la vente des appareils ne cessait de progresser et il a tout appris en avançant. On présente toujours Nadar comme quelqu’un qui apporte la contradiction, un opposant-né, pas bien cohérent. Mais c’est d’abord un républicain. Il est soucieux de l’élargissement des connaissances comme de l’élargissement du public. Si on voulait simplifier, on dirait que le portrait peint – par exemple Monsieur Bertin, propriétaire du « Journal des débats » par Ingres – symbolise le suffrage censitaire, réservé aux plus riches et que le portrait photographique qu’il pratique correspond au temps du suffrage universel.

Certes Nadar s’est attelé à photographier toutes les célébrités de l’époque : on lui répétait tellement qu’il tenait là une fortune. Mais l’image photographique à ses débuts avait souvent montré des visages plus caché, issus du peuple. Le premier portrait daguerréotype maintenant identifié et qui date de 1837 représente un homme jeune qui n’a ni jabot noué ni cheveux coiffés. Olivier Ihl nous racontera comment il l’a identifié : c’est un rapin socialiste. Et onze ans plus tard, en juin 1848, la première photo qu’on dirait aujourd’hui de reportage fixe le souvenir des barricades de Paris insurgé. Et elle est l’œuvre d’un républicain, bien sûr.

On ne cherchera pas à contredire ici le discours habituel qui insiste sur la protection de la photographie naissante par de nombreux notables et des institutions puissantes. Il n’empêche : une autre histoire politique de ses débuts peut être tentée.

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