Rediffusion du 01/05/2013

En septembre 1935, La Pravda publie l'éloge du mineur Stakhanov, lequel pulvérise les records de production de charbon. Il devient un héros. De loin, il a la silhouette d'un ouvrier mais, si on y regarde de près, c'est une fabrication de toutes pièces du Parti-Etat, un golem : trempé dans l'acier stalinien, multiplié ensuite en séries.

Le sidérurgiste - Mikhail Pavlovich Trufanov - 1957
Le sidérurgiste - Mikhail Pavlovich Trufanov - 1957 © cc / Иванов С. В

Stakhanov, c'est déjà le règne de l'ingénieur en productivité et l'amorce de la prédiction de Warhol : chacun pourra toucher son quart d'heure de célébrité avant de rejoindre sa place sous la norme.

Et la classe ouvrière dans tout cela ? Les lois fondamentales et les manuels scolaires la présentaient comme la classe dirigeante mais, en réalité, Staline et les siens se méfiaient d'un prolétariat qui, grossi par le monde rural, imprévisible, lui paraissait impur. Ils préféraient forger à leur image leurs créatures.

L'héroïsation de l'ouvrier se renouvellera pendant la Grande Guerre patriotique et sous les successeurs de Staline fleuriront les histoires exemplaires d'ouvriers qui, dans leur simple sacoche, tenaient déjà leur bâton de maréchal. L'équivalent, en somme, des success stories américaines. Cela ne signifie pas qu'existait en Union soviétique un véritable pacte social entre le Parti et la classe ouvrière. Le Parti ne signait pas de pacte, les ouvriers signaient souvent de leur sang.

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