Rome, aujourd’hui, béatifie en masse les martyrs chrétiens du Japon. Qu’ils aient été persécutés suffit-il à affirmer qu’ils avaient pris le bon chemin ?

Détail du grand martyre de cinquante-deux chrétiens à Nagasaki en 1622 - peinture italienne du XVIIème siècle
Détail du grand martyre de cinquante-deux chrétiens à Nagasaki en 1622 - peinture italienne du XVIIème siècle © Getty / DEA / V. PIROZZI

Rediffusion du 07/02/2017

Quand vos paroissiens risquent la mort dans des supplices terribles, ne fallait-il pas apostasier ?

Aller partout rejoindre d’autres hommes et en faire des chrétiens. Les jésuites se sont fixé cet objectif d’élargissement, d’englobement du monde. Dans l’Asie qui les requiert de plus en plus au XVIème siècle,  trois ensembles géographiques sortent de l’indétermination. L’Inde bien sûr et, peu à peu, la Chine et le Japon. Saint Francois-Xavier pose le pied sur l’archipel au milieu du siècle. A sa suite, les missionnaires  jésuites y enregistrent beaucoup de succès surtout dans le Sud. Un siècle plus tard pourtant, il ne reste quasi plus rien des communautés  chrétiennes. Les édits de persécution de 1612-1614 et leur application  de plus en plus brutale ont tout détruit. Le japon est le pays des  tremblements de terre…

Sur place, les chrétiens furent affrontés à des situations tragiques.  Quand vos paroissiens risquent la mort dans des supplices terribles, ne fallait-il pas apostasier ? C’est le dilemme dans lequel se trouve le P.Rodrigues dans le film de Scorcese, Silence. Le cas du P.Ferreira est plus célèbre encore : avant même peut-être que la persécution ne  commence, il avait troqué la soutane contre la robe des bonzes, expliquant dans un livre qui fera date l’incompatibilité du Japon et du christianisme : les japonais n’ont pas la même façon que les chrétiens de lever les yeux vers l’horizon…

A Rome d’où tout part et tout revient, on s’interrogea, on s’interroge encore sur cette question, que l’expérience jésuite en Chine renouvela. Le Japon, comme la Chine, est un pays de culture accomplie. Y faire pénétrer une conception du monde toute différente exige une connaissance de la langue, des savoirs et peut-être bien davantage : un  échange en profondeur, très risqué donc.

Rome, aujourd’hui, béatifie en masse les martyrs du Japon. Qu’ils aient été persécutés suffit-il à affirmer qu’ils avaient pris le bon chemin ?

Bibliographie :

Les littératures de voyage : la découverte du monde (XIVe - XVe - XVIe siècles) écrit par Jean-Pierre Duteil (Quae éditions)

La mission en textes et images. Colloque 2003 du GRIEM écrit par Chantal Paisant (Karthala)

La supercherie dévoilée. Une réfutation du catholicisme au Japon au XVIIe siècle écrit par Jacques Proust (Chandeigne)

Silence écrit par Shûsaku Endo (Gallimard)

Impressions de Chine. L'Europe et l'englobement du monde (XVIe-XVIIe siècle) écrit par Antonella Romano (Fayard)

Programmation musicale :

Tota pulchra es anima mea, King's singer (composition : Giovanni Pierluigi da Palestrina). LABEL SIGNU

Les invités
  • Jean-Pierre DuteilProfesseur en histoire moderne à l’université de Paris VIII Saint-Denis
Programmation musicale
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