Les médias, comme les élus, restent encore déconcertés par un mouvement qui ne veut ni ne peut désigner des leaders : la priorité est de porter des paroles. Toutes sortes de paroles. Le mot leader est lui-même inapproprié. Les gilets jaunes étaient dans leur immense majorité des primo-manifestants.

Marcelin Albert meneur de la révolte des vignerons du Midi en 1907
Marcelin Albert meneur de la révolte des vignerons du Midi en 1907 © Getty / Keystone-France

Vous pouvez être sur notre plateau ? Mais c’est à Paris, évidemment. A quel numéro pouvons-nous vous joindre ? Votre adresse mail ? Comment ,comment dites-vous. ? Vous n’avez pas de porte-parole ?

Les médias, comme les élus, restent encore déconcertés par un mouvement qui ne veut, ni ne peut désigner des leaders : la priorité est de porter des paroles. Toutes sortes de paroles.

Le mot leader est lui-même inapproprié. Une première étude sociologique relayée par Le Monde indiquait que les gilets jaunes étaient dans leur immense majorité des primo-manifestants. Rarement formés à l’action collective, ils l’ont en revanche été au vocabulaire de la dépolitisation. Nous payons un long cycle où nous avons les uns et les autres fait peu à peu sécession de la société. Et les nantis les premiers. Persuadés que les pauvres, décidément, n’entendaient rien au monde qui change, ils se sont installés tranquillement dans leurs réserves : quartiers ségrégués, écoles distinguées, loisirs sélectifs.

Emmanuel Levinas disait que les besoins matériels des plus démunis devaient devenir, pour les privilégiés, des besoins spirituels. C’est une pensée qui a inspiré la politisation, on disait parfois : la conscientisation, de plusieurs générations issues des élites. Dite autrement, elle peut être traduite par un bon vieux proverbe : « Une marmite, ça ne chauffe pas par le couvercle mais par le fond. » La repolitisation par le bas, telle qu’elle est vécue avec ses moments divers sur les ronds-points sera un processus long.

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