L’histoire de Raphael Lemkin est d’abord celle d’un enfant élevé en yiddish, dont la famille était certes accoutumée aux pogroms mais qui ne parvenait pas à croire qu’elle pouvait être entièrement anéantie.

Raphael Lemkin
Raphael Lemkin © Getty / Bettmann

Qui est l’homme sans lequel  le concept de génocide n’aurait pas vu le jour ?

A la fin de sa vie, dans les années 50, rencontrant dans un parc  un groupe de jeunes filles en fleurs, il se serait ainsi adressé à elles : « Savez-vous que je sais dire : je t’aime dans un nombre incalculable de langues ? »

Son histoire, en effet, est celle d’un polyglotte. Il naît au Nord-Est de Varsovie dans ce qui était encore l’empire russe. Il devient un juriste  réputé de la République de Pologne indépendante. Son invasion en 1939 le contraint à fuir en Suède. Il refuse la malédiction du réfugié et, au bout de quelques mois, il enseigne en suédois. Le voici enfin aux Etats-Unis, il est professeur d’université. Quant au français, il le parle assez bien.

On ne s’étonnera pas si le mot qu’il forge pour incriminer les violences de masse systématisées juxtapose le grec et le latin. Génocide, de genos et occidere.

L’histoire de Lemkin est d’abord  celle d’un enfant élevé en yiddish, dont la famille était certes accoutumée aux pogroms mais qui ne parvenait pas à croire qu’elle pouvait être entièrement anéantie. Son travail est commandé par un changement permanent d’échelle : d’un côté, les interrogations sur son frère, sa belle-sœur, ses amis, et, de l’autre, l’interrogation du crime absolu. On ne peut saisir l’inédit sans le mettre en rapport avec la poche de réalité dont on est familier.

En accumulant et en traitant sa documentation sur le régime nazi, Lemkin cherchait sans doute un soulagement à son chagrin personnel. Mais son but, en inventant le mot nouveau de génocide, était de raisonner en termes de groupes -humains, nationaux, religieux, voire politiques. Et de les placer sous la protection d’un  droit international renouvelé. 

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