Entre le Doubs où il est né en 1819 et Paris où il « monte » en 1839, Gustave Courbet construit un rapport que beaucoup voudraient pouvoir imiter. A Paris, il affiche ses origines, il campe un personnage de paysan, la pipe fichée au coin de la bouche.

Portrait de Gustave Courbet par Etienne Carjat en 1867
Portrait de Gustave Courbet par Etienne Carjat en 1867 © Visactu / Apic/RETIRED

Entre le Doubs où il est né en 1819 et Paris où il « monte » en 1839, Gustave Courbet construit un rapport que beaucoup voudraient pouvoir imiter. A Paris, il affiche ses origines, il campe un personnage de paysan, la pipe fichée au coin de la bouche. Il se produirait volontiers en sabots pleins de paille. En même temps, dans son village où il revient souvent, il n’est pas gêné de passer pour un artiste bohême de la capitale. Quand il peint « Un enterrement à Ornans », les habitants sont flattés d’être pris comme modèles par l’enfant du pays puis, quand ils apprennent ce qu’à Paris on dit de leurs trognes, ils font la tête. Courbet se tient souvent dans cette situation, rompant le consensus aussi bien qu’il l’a créé. Et assumant la provocation, non sans jactance.

Il a commencé son parcours sous la Monarchie de Juillet. Il aurait aimé pouvoir adhérer vraiment à la Deuxième République de 1848 mais la répression de juin  glaça ses espoirs. Il traversa sans trop d’encombres le Second Empire, surveillé d’assez près par le pouvoir qui ne le considérait cependant pas comme dangereux. Mais en 1871, il fit ce qu’il regrettait peut-être de n’avoir pas fait en 1848. Son engagement dans la Commune lui coûta cher. La chute de la colonne Vendôme dont on l’accusa provoqua se propre chute.

Dès qu’il fut libéré, il s’en retourna à Ornans, aspirant à replonger les mains dans sa terre, la Franche Comté et dans sa rivière, la Loue. Et à peindre les truites et les hirondelles. Pourtant il n’eut bientôt plus d’autre solution que l’exil. Il mourut en Suisse, en 1877, malade, esquinté par l’absinthe mais, écrivit Jules Vallès, « sous un ciel que n’avait pas terni la vapeur des grands massacres. »

Pour le premier centenaire de sa naissance, en 1919, son corps revint chez lui à Ornans. Encore un effort et il pourrait un jour entrer au Panthéon, le monument aux pierres sévères et grises si peu accueillant aux artistes et qui serait éclairé par ses images populaires, joyeuses, chaleureuses. Mais ce serait une provocation qui ne ferait pas consensus.

Bibliographie :

Réceptions de Courbet. Fantasmes réalistes et paradoxes de la démocratie (1848-1871) de Thomas Schlesser (Les Presses du Réel).

Courbet face à la caricature. Le chahut par l'image de Thomas Schlesser (Kimé).

Transferts de Courbet de Yves Sarfati (Les presses du Réel).

Bonjour monsieur Courbet de Jean-Pierre Ferrini (Gallimard).

Courbet : Le Poème de la nature de Pierre Georgel (Gallimard découvertes).

Gustave Courbet, peintre de la liberté de Michel Ragon (Fayard).

Courbet de Ségolène Le Men (Citadelles).

Programmation musicale : Rêverie et caprice op.8 de Berlioz, interprété par Yehudi Menuhin, dirigé par John Pritchard.

Exposition « Courbet dessinateur » du 15/02/2019 AU 29/04/2019 au Musée Courbet (dans le Doubs).

A l'occasion du 200e anniversaire de Gustave Courbet, le lundi 10 juin 2019, un grand banquet est organisé. Il sera conçu comme une œuvre totale de 9h30 à 23h30 au Bistrot de Paris, rue de Lille dans le 7e arrondissement à Paris. Pour en savoir plus, soutenir cet événement exceptionnel et y participer, une page Facebook vous accueille : https://www.facebook.com/banquetdubicentenaire .

Les invités
  • Thomas SchlesserHistorien de l’art, professeur à l'Ecole Polytechnique et directeur de la Fondation Hartung-Bergman
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