"La tête de Lénine" : c’est le texte de jeunesse le plus connu de Bokov. C’était l’époque du samizdat : les machines à écrire qu’on cachait et les microfilms qu’on dissimulait.

Moscovites achetant des brochures de presse du samizdat en 1989
Moscovites achetant des brochures de presse du samizdat en 1989 © AFP / Vladimir Akimov / Sputnik

A l’époque de Brejnev, dans les années 1970, un samizdat, texte clandestin venu d’Union soviétique, était parvenu à Paris où Maurice Nadeau l’avait publié. Il y était imaginé que, dans le mausolée de la Place Rouge, la tête de Lénine avait été séparée de son corps. Une lame de fond s’était alors levée sur l’appareil communiste, le pays tout entier en avait été bouleversé. Cette « Tête de Lénine » était un texte aussi drôle que dévastateur.

A l’époque, l’auteur était évidemment – et prudemment – resté anonyme. On l’identifia quand il vint s’installer en France. C’était un ancien étudiant expulsé de l’Université pour son mauvais comportement idéologique.

Il s’appelait Nicolas Bokov.

A Paris, Bokov commenca un parcours d’émigré politique classique et impécunieux, dans les petites maisons d’édition et les bulletins de l’émigration russe. C’était l’époque où on redécouvrait sa devancière des années 20 , Nina Berberova.

Mais Bokov était fait d’un autre bois, celui de la Croix. Bientôt le voilà parti sur les routes, jusqu’au Mont Athos et en Terre sainte.

Il en revint renforcé dans sa foi mais sans ressource aucune, littéralement sans abri. L’abbé Pierre, en 1998, préfacera le livre, « Dans la rue, à Paris », qu’’il tirera de ces années de misère – il aurait dit : pauvreté. Il récidivera en vivant ensuite plusieurs années dans une manière de caverne dans la région parisienne. Il aimait d’ailleurs se désigner comme un ermite – sauf que sa grotte était parcourue de tant de vapeurs mauvaises qu’il dut la quitter pour l’hôpital.

Au printemps 2017, nous l’avions retrouvé logé maintenant sous un toit, le même regard bleu et bienveillant.  Il publiait de nouveau abondamment dans une toute petite maison intitulée… la Caverne. « Le matricule des anges », une revue dont le titre est fait pour lui plaire, avait écrit peu de temps auparavant que Nicolas Bokov avait connu le très bas et le Très Haut.

Il est mort -  il aurait dit qu’il était passé à la vie - en décembre 2019.

Une rediffusion du 31 mars 2017.

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