Chris Marker, ce n’était pas un homme à dérouler un raisonnement pédagogique qui aurait commencé par A et ensuite serait passé à B, C etc… Il préférait ce qui provoquait.

Chris Marker (à gauche) avec Alain Resnais en 1954
Chris Marker (à gauche) avec Alain Resnais en 1954 © Getty / Keystone-France

Chris Marker, ce n’était pas un homme à dérouler un raisonnement pédagogique qui aurait commencé par A et ensuite serait passé à B, C etc… Il préférait ce qui provoquait.

Ainsi, la même année 1962, il  tournait Joli mai, avec un commentaire ensoleillé de son ami Montand : nous étions dans la première année de paix après la fin du conflit algérien. Et parfois dans la même journée, il filmait La jetée : on était projeté dans la troisième guerre mondiale. Et, à  l’intérieur même de chacun des films, il rendait inséparables des propositions contradictoires. Le montage de Chris Marker était dialectique.

Et il ne figurait jamais le temps comme linéaire

L’avenir mais aussi bien le passé sont des énigmes et la seule solution est de les faire cohabiter. Il rappelait souvent qu’il avait filmé, jeune,  un champion de jumping. Plus tard, celui-ci devint le général Mendoza, dictateur de l’Argentine. Le futur du personnage était-il inscrit dans son passé ? Fallait-il le regarder depuis ce qui était advenu ou rester dans la coulée imprévisible du temps ?

Il faut imaginer Chris Marker dans son studio où nul ou presque ne pouvait pénétrer ? 

Entouré d’écrans, de télé et d’ordinateurs, de postes de radio, de dossiers de collages d’articles de journaux car il était à lui seuil un argus de la presse. Ses livres, alentour, truffés de documents joints au point de doubler de volume. Il vivait dans un musée imaginaire, au sens de Malraux mais qu’il avait installé en pionnier dans  le monde numérique et qu’il enrichissait chaque jour d’images. 

Ah la la, disait-il à 85 ans, voilà les sans-papiers installés à la Bourse du travail, il faut que j’y aille et j’ai tant à faire avec mes ordinateurs. Il disait cela pour n’avoir pas à donner d’entretiens. L’un des derniers se fit avec Libération mais il y avait délégué son avatar sur Second Life. Quand il est mort en 2012, à 92 ans, le visage de Marker s’était effacé à mesure que son œuvre proliférait sur la Toile.

Exposition, rétrospective et catalogue Chris Marker, les 7 vies d'un cinéaste - du 3 mai au 29 juillet 2018

Emission La Marche de l'Histoire "Chris Marker et le monde ouvrier" du 1er mai 2014

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