En 1964, André Malraux profitait d’une intervention dans Chefs d’œuvre en péril pour prévenir le public : « La protection du patrimoine ne peut reposer entièrement sur l’argent de l’Etat ; tout passera par vous ; au départ, vous serez quelques-uns ; au bout d’un moment, vous serez des milliers. »

Conserverie à Douarnenez vers 1900
Conserverie à Douarnenez vers 1900 © Getty / API

La conservation des monuments historiques s’est longtemps appuyée sur les bonnes vieilles sociétés savantes. Mais, dès les années 1960, la nécessité de sa médiatisation est apparue : l’émission de Pierre de Lagarde, Chefs d’œuvre en péril, a fait ses débuts sur France Inter dès 1963 et a poursuivi son cours à la télévision publique jusqu’en 1973. La séquence que Stephane Bern inaugure aujourd’hui sur France 2 a connu des précédents.

En 1964, André Malraux, ministre des Affaires culturelles, profitait d’une intervention dans Chefs d’œuvre en péril pour prévenir le public : « La protection du patrimoine ne peut reposer entièrement sur l’argent de l’Etat ; tout passera par vous ; au départ, vous serez quelques-uns ; au bout d’un moment, vous serez des milliers. » C’est ce qui s’est produit. En 1984, Jack Lang lançait les Journées du Patrimoine, devenues depuis européennes. En 1996, Jacques Chirac soutenait la création de la Fondation du Patrimoine : issue des milieux de l’entreprise, elle récolte aussi l’argent des particuliers et elle est maintenant le bras armé de la mission Stéphane Bern. Celle-ci, malgré son allure revendiquée de commando, s’inscrit en réalité dans un mouvement d’élargissement de longue durée. Si le patrimoine ne concerne pas un nombre grandissant d’acteurs, ses chances d’être conservé aujourd’hui et d’être encore utile diminueront inévitablement. La création du Loto du Patrimoine peut se comprendre dans cette perspective.

L’élargissement de l’intérêt du public doit-il pour autant provoquer le désinvestissement de l’Etat ? Il est tout de même étrange que ce soit un jury du Loto et non les commissions habilitées du ministère de la Culture qui décide du choix des sites éligibles aux bénéfices de ce jeu. Par ailleurs, le gouvernement semble constamment tenté de détricoter les lois de protection, littoral, zones classées, qu’il a lui-même fait adopter. Il est arrivé à Stéphane Bern de traiter les fonctionnaires en charge du patrimoine de petits hommes gris. Ils ne sont tout de même pas, eux non plus, « la honte de la République ». Ils ménagent même, sur le terrain, l’avenir du pays.

Le site des "Journées Européennes du Patrimoine" des 15 et 16 septembre 2018

Le site de La Fondation du Patrimoine

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