Cavaliers sur la plage (II) de Paul Gauguin - 1902
Cavaliers sur la plage (II) de Paul Gauguin - 1902 © domaine public / Stavros Niarchos Collection

« La mer qui se déchire, infiniment brisée »…Une éternité d’océan sépare les Marquises de l’Amérique et de l’Asie - Tahiti elle-même est à 1500 kilomètres. Ceux qui y abordèrent les premiers ont accompli un des plus grands exploits de l’aventure maritime de l’humanité. C’était sans doute dans des pirogues doubles, où on pouvait manger, dormir, transporter des animaux de petite dimension. On ne dira pas la même chose du navigateur espagnol auquel la « Terre des hommes » doit son nom actuel : son débarquement en 1595 se solda par de nombreux morts. C’est seulement à la fin du XVIIIème siècle que le contact s’établit de manière régulière avec les Européens. Ceux-ci, de suite, sont saisis par l’allure des marquisiens. Gauguin dira plus tard que leur corps et leur visage constituaient le principal motif de leur art ; par le tatouage, le corps et le visage étaient même le lieu de l’art.

Point d’appui pour les pécheurs à la baleine et les commerçants, les Marquises devinrent à partir de 1842 un protectorat français où l’administration française qui préférait Tahiti ne mit jamais les moyens nécessaires, déléguant souvent beaucoup à une Eglise qui voulait araser la culture traditionnelle et recouvrir les tatouages de robes-mission. Les maladies importées, l’alcool firent des ravages. De peut-être cent mille marquisiens à la fin du XVIIIème, on était passé au temps de Gauguin, à … 2000. L’écrivain-médecin Victor Segalen, qui, en 1903, vint expédier les affres du peintre mort, écrivait : « Ils meurent, les pâles marquisiens élancés. Sans regrets, sans plaintes ni récris, ils s’acheminent vers l’épuisement. »

Le relèvement démographique s’est amorcé dans les années 1920 : on en est à près de 10000 habitants sur le total des six iles habitées. La renaissance culturelle est venue un demi-siècle plus tard- Brel était déjà enterré non loin de Gauguin, deux larrons dans le même cimetière. La sortie du clanisme et du clientélisme, c’est une autre affaire. Mais « gémir n’est pas de mise aux Marquises. »

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