Le cas Raspoutine est plus intéressant encore que sa personne. Il scelle l’effondrement d’un système.

Raspoutine, moine russe et mystique (1869-1916)
Raspoutine, moine russe et mystique (1869-1916) © Getty / DEA/G.Dagli Orti

L’oracle au regard doux et impénétrable et dont la voix pouvait tant impressionner n’avait pas de pouvoir de guérisseur mais une puissance de suggestion. Il est introduit au palais en 1906. Le couple impérial, très inquiet de la santé du tsarévitch hémophile, vit alors plus isolé qu’il ne devrait mais il a la foi et est prêt à accepter n’importe quelle monnaie spirituelle qu’on lui donnera. Raspoutine gagne donc en influence, avec cependant des moments de repli et toujours des bornes. D’ailleurs, qui saurait dire, à la fin du tsarisme, où est vraiment le pouvoir en Russie ?

C’est le retournement de ceux-là même qui, au départ, l’avaient protégé et la cristallisation autour de son nom d’après peu près tous les adversaires de Nicolas II et d’Alexandra qui fait l’importance de Raspoutine. L’hostilité populaire montait depuis longtemps et déborde maintenant avec les malheurs de la guerre : Raspoutine est le prétexte qui permet aux élites du régime de marquer elles aussi leur distance. Il divise jusqu’à la famille Romanov puisque deux de ses assassins en font partie.

Le cas Raspoutine est plus intéressant encore que sa personne. Il scelle l’effondrement d’un système. Il est d’ailleurs passionnant de voir que les crises d’autres régimes politiques d’apparence plus moderne passent présentement par les mêmes symptômes : qu’on pense à la Corée du Sud d’aujourd’hui. Et puis le robuste Grigori est un inusable modèle pour toutes les fictions. Il porte à merveille les costumes que ses ennemis, innombrables, lui ont fait endosser et même ceux que ses hagiographes, plus rares, lui ont confectionné. Mieux, c’est un miroir : les images qui sont données de lui ressemblent bien à ce que nous voudrions que la Russie soit et demeure.

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