C’est une constante du féminisme : le souci de documenter...

Manifestation féministe sur la Place de l'Etoile à Paris, le 26 août 1970
Manifestation féministe sur la Place de l'Etoile à Paris, le 26 août 1970 © AFP

Marguerite Thibert, dès les années 1920, impressionnait ses interlocuteurs par sa détermination. C’était la femme des superlatifs : couverte de diplômes de pied en cap, fonctionnaire de haut niveau au Bureau International du travail, voyageuse infatigable. Elle témoigne de l’importance dans la première vague du féminisme, d’un féminisme d’expertise qui luttait pied à pied pour les droits civils en contrepoint du mouvement plus spectaculaire qui revendiquait les droits civiques.

Consciente de la nécessité de laisser des traces, Marguerite Thibert a pris soin d’organiser ses archives. C’est une constante du féminisme : le souci de documenter. Modeste sténodactylo, Marie-Louise Bouglé rentrait chez elle tous les soirs avec de nouveaux volumes, de nouveaux documents qu’elle mettait en fiches puis à la disposition du public le soir à son domicile. Elle s’épuisa à cette tâche. Marguerite Durand, qui dirigea La Fronde, journal entièrement dirige, rédigé et composé par des femmes, laissa pareillement une immense bibliothèque spécialisée qui entendait prouver la valeur intellectuelle de l’activité des femmes. Ces deux fonds, Bouglé et Durand, ont été légués à la Ville de Paris qui les gère et tente de les amplifier. Plus récemment a été créé à Angers par Christine Bard un ambitieux Centre des archives du féminisme.

Bref, le mouvement contemporain des femmes a de la mémoire. Il aurait pu ne puiser qu’à ses sources des années 60-70 qui sont d’abord américaines et radicales. Au contraire, il cherche honnêtement à faire leur part à tous les courants qui l’ont peu à peu nourri, les moins visibles comme ceux qu’on croit connus. En témoigne le grand Dictionnaire des féministes, exemplaire par son honnêteté, qui paraît aujourd’hui.

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