Le président français et le président ivoirien ont annoncé la fin prochaine du franc CFA en Afrique de l’Ouest. La France garderait un statut lointain de garant mais ne serait plus représentée dans les banques centrales des pays concernés qui passeraient à l’eco – un eco qui resterait arrimé à l’euro.

Liasse de billets de francs CFA à Bangui en 1994
Liasse de billets de francs CFA à Bangui en 1994 © Getty / Marc DEVILLE

Amorce d’un changement profond ou aboutissement inévitable d’un long débat qui mettait la France en position d’accusée ?

La zone franc a été esquissée, après la déclaration de la guerre en 1939, par la France libre qui se servit de l’Afrique ralliée comme d’une base territoriale qui prouvait sa légitimité. Le franc du général de Gaulle était alors garanti par les Britanniques qui négociaient ainsi l’achat de matières premières, indispensables pour eux.

Après Bretton Woods, le franc CFA est officiellement créé en 1945. Le dollar est alors la seule monnaie convertible en or, le franc est une monnaie seconde, le franc CFA s’inscrit dans le sillage du franc français.

La Communauté que crée de Gaulle en 1958, les indépendances auxquelles il se résout en 1960 ne changent pas fondamentalement le rapport de forces. Le franc CFA survit, piloté depuis Paris qui justifie son maintien en se servant de contre-exemples - l’échec du franc guinéen en 1961, l’impasse du franc malien ensuite - pour montrer que la voie qu’il trace est la seule possible.

Mais si le franc CFA peut offrir une stabilité, il est de plus en plus remis en cause. Il est signe de dépendance comme le prouve la forte dévaluation imposée en 1994 par la France et le FMI. Le franc CFA est accusé de ne sortir aucunement les pays africains des spécialisations économiques étroites auxquelles ils sont assignés. Contribue-t-il seulement  à diminuer les inégalités sociales alors qu’il est présenté comme un élément pacificateur ? Son arrimage à l’euro, en 1999, fait qu’il dépend d’une conjoncture européenne qui n’est pas celle du continent africain. 

À partir de ce nouveau millénaire, les critiques sont devenues si nombreuses qu’il n’y a plus que deux voies possibles : la réforme ou l’abolition.  Pour l’instant, on en est seulement au début de la première, et pour les seuls pays de la Communauté  économique de l’Afrique de l’Ouest. 

Bibliographie

  • Sortir l'Afrique de la servitude monétaire. A qui profite le franc CFA ? de Kako Nubukpo, Bruno Tinel, Martial-Ze Belinga, Demba Moussa Dembélé (La Dispute).
  • L'arme invisible de la Françafrique. Une histoire du franc CFA de Fanny Pigeaud, Ndongo Samba Sylla (La Decouverte).
Les invités
L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.