Le mouvement contemporain des femmes a de la mémoire. Il aurait pu ne puiser qu’à ses sources des années 60-70 qui sont d’abord américaines et radicales. Au contraire, il cherche honnêtement à faire leur part à tous les courants qui l’ont peu à peu nourri, les moins visibles comme ceux qu’on croit connus.

Manifestation de femmes à l'appel du MLF lors de la journée de la Femme à Paris le 8 mars 1982
Manifestation de femmes à l'appel du MLF lors de la journée de la Femme à Paris le 8 mars 1982 © Getty / Daniel SIMON

► Rediffusion du 15/02/2017

Commençons par un nom à la lettre T : Marguerite Thibert. Dès les années 1920, elle impressionnait ses interlocuteurs par sa détermination. C’était la femme des superlatifs : couverte de diplômes de pied en cap, fonctionnaire de haut niveau au Bureau International du travail, voyageuse infatigable. Elle témoigne de  l’importance dans la première vague du féminisme, d’un féminisme d’expertise qui luttait pied à pied pour les droits civils en contrepoint du mouvement plus spectaculaire qui revendiquait les droits civiques.

Consciente de la nécessité de laisser des traces, Marguerite Thibert a pris soin d’organiser ses archives. C’est d'ailleurs une constante du féminisme : le souci de documenter. Modeste sténodactylo, Marie-Louise Bouglé rentrait chez elle tous les soirs avec de nouveaux volumes, de nouveaux documents qu’elle mettait en fiches puis à la disposition du public tard à son domicile. Elle s'est épuisée à cette tâche. Marguerite Durand, qui dirigea La Fronde, journal entièrement dirigé, rédigé et composé par des femmes, laissa pareillement une immense bibliothèque spécialisée qui entendait prouver la valeur intellectuelle de l’activité des femmes. Ces deux fonds, Bouglé et Durand, ont été légués à la Ville de Paris qui les gère et tente de les amplifier. Plus récemment a été créé à Angers par Christine Bard un ambitieux Centre des archives du féminisme.

Bref, le mouvement contemporain des femmes a de la mémoire. Il aurait pu ne puiser qu’à ses sources des années 60-70 qui sont d’abord américaines et radicales. Au contraire, il cherche honnêtement à faire leur part à tous les courants qui l’ont peu à peu nourri, les moins visibles comme ceux qu’on croit connus. 

En témoignage le grand dictionnaire des féministes qui fera date.

Bibliographie

  • Dictionnaire des féministes. France-XVIII-XXIe siècle écrit par Christine Bard (PUF)
  • Le féminisme au-delà des idées reçues écrit par Christine Bard (Grand Format)
  • Les femmes dans la société française au 20ème siècle écrit par Christine Bard (Armand Colin)
  • Guide des sources de l'histoire du féminisme. De la Révolution française à nos jours écrit par Christine Bard (PU Rennes)
  • Les insoumises, la révolution féministe écrit par Christine Bard(Le Monde)
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