Quand Truffaut alla visiter André Bazin, à la fin de 1948, c’était, après une enfance enfermée dans les mensonges familiaux, un adolescent qui avait perdu toute confiance dans le monde des adultes.

François Truffaut
François Truffaut © AFP / AFP

 André Bazin lui apparut comme « une espèce de saint en casquette de velours, vivant avec une pureté totale dans un monde qui se purifiait à son contact. »

Leur rencontre, décisive à un moment où Truffaut s’enfonçait dans les pires difficultés,  fut éclairée par le cinéma. Bazin recommandait cependant à Truffaut de ne pas le consommer comme une drogue. Lui-même avait choisi de mettre une distance : les films, il les analysait avec tous les moyens de l’oral et de l’écrit devant tous les publics de l’éducation populaire, depuis les ciné-clubs de Paris jusqu’aux usines ou aux places d’Algérie.

Vint un jour où Truffaut lui dit : « Je crois que je pourrai écrire un peu sur le cinéma ». Ils voisinèrent ainsi dans les colonnes des « Cahiers du Cinéma ». Puis Truffaut prit son envol dans un hebdomadaire, « Arts ».

Alors que, dans ses articles, Bazin se comportait en historien d’art,  son style était celui d’un écrivain. Truffaut l’autodidacte était plus offensif, au risque de passer la mesure. « Un jeune voyou », disait le réalisateur Autant-Lara.

Bazin ne se rêvait pas en cinéaste tandis que Truffaut désirait voir sur les écrans des films ressemblant à ceux qu’il voulait réaliser.

Truffaut, après avoir tourné « Les Mistons » que Bazin eut le temps de voir, commença le 10 novembre  1958 le tournage des « 400 coups ». Bazin mourut la nuit du 10 au 11. Il avait à peine quarante ans. Truffaut était à son chevet. Et le jour de l’enterrement, face à son équipe, le jeune metteur en scène était en noir.

Bibliographie :

Chroniques d'Arts-Spectacles (1954-1958) par François Truffaut, Bernard Bastide (Compilateur) (Gallimard).

"Les Mistons" de François Truffaut de Bernard Bastide (Atelier Baie).

Ecrits complets. Coffret en 2 volumes de André Bazin (Macula).

Le cinéma français de la Libération à la Nouvelle vague. 1945-1958 de André Bazin (Cahiers du Cinéma).

François Truffaut de Antoine de Baecque, Serge Toubiana (Gallimard).

Rencontre à la BnF autour de François Truffaut, Chroniques d’Arts Spectacles

Lundi 27 mai à 18h, à la Bibliothèque nationale de France, Bernard Bastide présente son recueil d’articles de François Truffaut publié par Gallimard.

« L’homme le plus haï de Paris », « un critique terroriste », « le fossoyeur du cinéma français » : tels sont quelques-uns des qualificatifs que valurent à François Truffaut ses critiques de combat parues dans l’hebdomadaire Arts. Cruels pour les fausses valeurs du cinéma français des années cinquante, ces articles écrits au fil des jours expriment aussi l’admiration absolue de Truffaut pour Alfred Hitchcock, Roberto Rossellini, Max Ophuls, Sacha Guitry, et ses paris sur de nouveaux auteurs. Le recueil constitué par Bernard Bastide rend enfin disponible une grande partie de ces textes, pour la première fois depuis leur parution originale il y a plus de soixante ans.

Pour saluer cet événement éditorial, le département de l’Audiovisuel de la BnF accueille Bernard Bastide. Pour goûter le style énergique et passionné de François Truffaut, quelques-unes de ses bonnes pages seront lues par Alexandra Stewart et Sabine Haudepin, et illustrées par des extraits de films issus des collections de la BnF.

Filmographie :

Lola Montès de Max Ophüls, 1955

Mistons de François Truffaut, 1958

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