Bidonville de Nanterre en 1966
Bidonville de Nanterre en 1966 © Manuel Litran/Corbis /

Le vocabulaire officiel d’aujourd’hui parle à Calais du « Camp de la Lande », sans clairement donner le chiffre de sa population estimée de réfugiés. Quant aux « campements illicites » dissimulés dans les replis de la France, ils ne seraient pas loin de 500, abritant peut-être 20 000 migrants.

C’est seulement en 1964 que le vocabulaire législatif a intégré le mot « bidonville ». Mais son premier usage est situé à Casablanca dès les années 1920 : le bidonville, c’est l’habitat fragile qui s’aménage tant bien que mal à partir des débris de la ville. Fort répandu en Afrique du Nord, il deviendra, de ce côté-ci de la Méditerranée, le lot des quelque 10 000 algériens, longtemps entassés à Nanterre.

Aujourd’hui, Calais est parcouru par de nombreux militants volontaires, sillonné par les journalistes : c’est un laboratoire, prêt à exploser, de la mondialisation, où on parle l’anglais global, le « globish ».

Nanterre, en revanche, est longtemps resté complètement à l’écart. Mais la guerre d’indépendance lui a donné une importance politique nouvelle, en faisant une capitale du FLN qu’il fallait contrôler. Au milieu des années 1960, Champigny, bidonville portugais cette fois, attira aussi l’attention par son développement soudain. À ce moment, la population totale des bidonvilles atteint 70 000 personnes.

En cinq ans, la question de Champigny sera apparemment réglée; encore cinq autres années, et ce sera celle des autres établissements. Il est vrai qu’à la différence d’aujourd’hui, les personnes concernées disposent généralement d’un travail et peuvent payer un loyer.

Mais où ? Dans des lieux beaucoup moins inconfortables mais encore « ghettoïsés » ? Comme dit la préfète du Pas-de-Calais : «Démanteler n’est pas une victoire ; la victoire, c’est de reloger dignement ».

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