Victor a cette particularité qu’il suscita une expérience d’éducation documentée, que l’intérêt pour lui dura près de dix ans et que son nom fait encore écho aujourd’hui.

François Truffaut dans son film Victor, l’enfant sauvage
François Truffaut dans son film Victor, l’enfant sauvage © Getty / Keystone-France

Ce n’est certes pas le premier enfant sauvage qui ait piqué la curiosité…Depuis la Renaissance, beaucoup ont jailli des taillis, nus et hirsutes, interrogeant par leur étrangeté l’énigmatique parenté entre les humains et les vivants.

Victor a cette particularité qu’il suscita une expérience d’éducation documentée, que l’intérêt pour lui dura près de dix ans et que son nom fait encore écho aujourd’hui. François Truffaut lui consacra un film en 1969, le jeune acteur qui interprétait Victor, Jean-Pierre Cargol, inspira une statue qu’on peut encore voir en Aveyron - non loin de l’endroit où l’enfant fut récupéré, en 1799.

Nous étions peu après le 18 brumaire, au tout début du Consulat. Le cas de Victor est intéressant aussi parce qu’il s’inscrit dans le moment 1800. Les milieux scientifiques issus des Lumières baignaient encore dans le climat de la Révolution : on avait répété des années durant que les individus étaient tous issus de la même espèce et donc promis à l’éducation, à la progression, à la régénération. Il était prévisible qu’un médecin moderne s’intéresse à Victor. Ce sera le docteur Itard, que François Truffait tiendra à interpréter lui-même dans son film.

Mais l’enfant sauvage apparaît précisément au moment où beaucoup de Français attendent d’un homme providentiel qu’il remette de l’ordre. Comment faire une place à Victor dans l’humanité commune alors que Napoléon cherche à rétablir de manière stricte les rangs entre les personnes ?

Il est difficile a posteriori de mesurer la marge de progression qu’aurait pu enregistrer Victor : c’est une question pour les pédagogues. Les historiens, eux, peuvent se demander s’il tomba au meilleur moment en survenant dans un régime qui remettait chacun dans sa chacunière, rétablissait les étiquettes et l’esclavage.

Programmation musicale : Miles Davis "Milestone" (1958)

Jean-Pierre Cargol et François Truffaut sur le tournage de "'L'Enfant sauvage" en 1970
Jean-Pierre Cargol et François Truffaut sur le tournage de "'L'Enfant sauvage" en 1970 © Getty / Michael Ochs Archives
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