La mémoire des croquants du Périgord est longue. Stellio Lorenzi la fait partager à toute la France en 1968 en adaptant un roman de 1899 consacré à l’humble lignée des Ferral : l’ancêtre qui s’est insurgé en 1637 contre les impôts de Louis XIII, le père qui ne tolère pas l’inégalité sous Charles X...

Jacquerie - enluminure de Loyset Liedet tirée des Chroniques de Froissart
Jacquerie - enluminure de Loyset Liedet tirée des Chroniques de Froissart © Getty / Photo Josse/Leemage

La mémoire des croquants du Périgord est longue. Stellio Lorenzi la fait partager à toute la France en 1968 en adaptant un roman de 1899 consacré à l’humble lignée des Ferral : l’ancêtre qui s’est insurgé en 1637 contre les impôts de Louis XIII, le père qui ne tolère pas l’inégalité sous Charles X et le fils Jacquou qui ouvre enfin les portes de l’avenir.

Peu après, c’est le milieu des historiens qui débat autour du livre de Boris Porchnev. C’est un historien soviétique d’un marxisme pur sucre : il soutient que les révoltes populaires du milieu du XVIIème n’étant nullement animées par une conscience de classe, elles ne peuvent préparer un autre ordre social. Des spécialistes français renchérissent : les paysans ont besoin de mentors qu’ils doivent aller chercher dans les ordres situés au-dessus d’eux, clergé ou petite noblesse. Et ils sont incapables d’une organisation militaire durable. Leurs mouvements sont nécessairement sporadiques et écrasés par la répression de l’Etat quand ils ne sont pas dispersés par les nécessités de la moisson.

Sans doute. Cependant la Bretagne, dans ces mêmes années d’après 68, cultivait de son côté le souvenir des Bonnets rouges. En 1675, ils avaient ajouté à la protestation contre les impôts qui les « taillaient vifs », la défense des libertés armoriques. Les révoltes dans les provinces d’Ancien régime avaient l’habitude de joindre à la lutte contre les taxes la défense des usages locaux. Bonnets rouges ? Faut-il voir chez eux une prescience du bonnet phrygien ? Mais Madame de Sévigné, depuis son château de Vitrés, les nommait les Bonnets bleus.

Bien malin est celui qui peut dire précisément quelle pente politique descend ou remontent ces mouvements aussi indéterminés que répétitifs. Bien malins ceux qui ont imposé aujourd’hui le nom de Gilets jaunes, plus malins encore ceux qui sauront chez eux faire la part du réactionnaire et du révolutionnaire.

Programmation musicale : "Les croquants" de Brassens

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