A Guernica, en Espagne, en dépit de la fureur, avait subsisté un arbre de la liberté. Pareillement à Buchenwald, à la limite de l'enceinte du camp, survivait un chêne. Il se disait qu'il avait abrité les entretiens philosophiques de Goethe et d'Eckermann qui venaient à pied de Weimar, distante de huit kilomètres. Goethe aimait ces promenades dans la campagne : "je sentais, écrivait-il, la vie ardente qui anime la nature".

Le vieux Chêne - Huile sur toile de Henri Harpignies - 1895
Le vieux Chêne - Huile sur toile de Henri Harpignies - 1895 © cc / Sotheby's

Sans doute le chêne en question était-il bien jeune pour avoir abrité commodément les méditations de Goethe mais, à celui-ci, tout arbre importait. Pour les déportés, en tout cas, il devint un signe. Il était vu comme un message végétal : témoin des conversations les plus subtiles du temps des Lumières, il survivait dans les premières années du nazisme comme un sourire venu d'autrefois et la promesse d'un avenir.

Une bombe tombée du ciel le faucha mais sa souche est sauvegardée. L'arbre, dans le malheur que traversent les hommes, témoigne qu'une autre échelle temporelle existe, qui peut donner sens au provisoire que nous vivons.

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