Léo Taxil réussissait très bien dans l’édition à gros tirage dans les années 1880-1890 en racontant que, derrière l’apparence, il y a toujours un secret...

Portrait de Léo Taxil par Frid Rick
Portrait de Léo Taxil par Frid Rick © AFP / Gusman/Leemage

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Rediffusion du 06/03/2017

Une des meilleures manières d’attirer la lumière est de montrer l’ombre. Léo Taxil réussissait très bien dans l’édition à gros tirage dans les années 1880-1890 en racontant que, derrière l’apparence, il y a toujours un secret et derrière le secret, un secret des secrets. Ce principe était au fondement de la petite entreprise qu’il avait montée et qui diffusait par dizaines de milliers brochures, albums, partitions de chansons…

Ce goût du complotisme suffirait à faire de lui un contemporain. Mais Taxil avait, en plus, le génie de changer de file dès qu’il flairait une opportunité pour mieux se vendre. Il a été tour à tour la vedette des anticléricaux et des cléricaux. Dans Le Monde, un dessin montrait un personnage à partie double qui disait : « Sur Le Monde.fr,  je polémique sous la forme de deux pseudos qui se haïssent ». Léo Taxil, c’était déjà cela, avant le net, avec les moyens du bord de l’époque. On pense à ce comédien qui fait salle comble avec un one man show «  littéraire » et qui mène double vie en multipliant les tweets haineux. Ou à ce chroniqueur qui n’est que « poésie, ouverture et intelligence à  l’antenne » et qui sur un compte tweeter parallèle puise dans les  bas-fonds.

Quand on fait le choix de ce genre de vie à partie double, il faut s’attendre aux polémiques et même à la bagarre. Léo Taxil n’a pas connu que le succès mais aussi le déshonneur. Néanmoins on imagine quel plaisir constant il prit à berner son monde. Pas seulement le simple gogo mais les élites des différents camps qu’il rejoignit tour à tour. Car, on en a la preuve quotidiennement aujourd’hui, ni la culture ni même l’intelligence ne préservent des rumeurs quand elles sont organisées par des manipulateurs de talent. Et il faut bien reconnaître au rebondissant Léo Taxil un certain talent.

Bibliographie

  • Edouard Drumont écrit par Grégoire Kauffmann (Perrin)
  • Le nouveau FN. Les vieux habits du populisme écrit par Grégoire Kauffmann (Seuil)
  • Léo Taxil (1854-1907). Du journalisme anticlérical à la mystification transcendante écrit par Robert Rossi (Le Fioupélan)
  • Vous avez dit... Léo Taxil ? Vrai fumiste et faux frère ! écrit par Bernard Muracciole (EDIMAF)
  • La Libre-pensée en France, 1848-1940 écrit par Jacqueline Lalouette (Albin Michel)
  • Fictions du diable. Démonologie et littérature de saint Augustin à Léo Taxil écrit par  Françoise Lavocat, Pierre Kapitaniak, Marianne Closson - Collectif (Droz )
  • L'anticléricalisme en France de 1815 à nos jours écrit par René Rémond (Fayard)
  • Le Cimetière de Prague écrit par Umberto Eco (Editions Grasset)

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