Le royaume mossi correspond au cœur du Burkina Faso, un territoire que l’administration coloniale a appelé "Haute-Volta" et dont les rois mossi ont veillé à maintenir l’intégrité alors que Paris, un moment entre 1932 et 1947, l’avait réparti entre ses voisins.

Fête traditionnelle chez les Bobo de Dédougou au Burkina Faso vers 1950
Fête traditionnelle chez les Bobo de Dédougou au Burkina Faso vers 1950 © Getty / Michel HUET

Le roi mossi d’Ouagadougou est toujours en place en son palais, entouré d’une cour qui, chaque semaine, reproduit un rituel qui le presse, comme il a pressé ses ancêtres, de ne pas s’éloigner de son domaine.

Les souverains qui aiment se faire appeler empereurs témoignent d’une profondeur historique insondable. Ils sont comme une banque centrale de capital symbolique. Néanmoins, ne disposant pas d’armée permanente, ils ont dû s’incliner devant les conquérants français. Les décennies qui ont suivi, ils ont bon gré mal gré coopéré avec l’administration française qui les entretenait matériellement. On pourrait définir leur politique d’alors comme une modernisation conservatrice.

Après la seconde guerre mondiale, la naissance d’une élite politique formée dans les nouveaux partis, parfois panafricains, les met dans une situation inconfortable. En 1957, est élue une assemblée territoriale. Le roi mossi croit possible de tenter un, coup d’état contre elle. Il éprouvera, les années suivantes, beaucoup de difficultés à s’emboiter dans le nouveau système républicain mais, au total, il finira par y parvenir.

La période Thomas Sankara (1983-1987) sera la plus dangereuse pour les rois. Le jeune capitaine veut faire table rase du passé et reconstruire le pays par le bas. Il va même jusqu’à couper l’eau et l’électricité au palais du roi !

Les traditions vont retrouver ensuite leur lit. Lorsqu’en 2014, tombe le système mis en place par Compaoré,  le successeur de Sankara, le roi est aussitôt appelé à la rescousse pour ramener un peu de paix sociale.

Mais les défis que lancent aujourd’hui les groupes djihadistes au Burkina Faso sont d’une nature inédite. Le fil du vieux pouvoir symbolique des rois peut-il, cette fois, être rompu ? 

Bibliographie 

  • Manger le pouvoir au Burkina Faso. La noblesse mossi à l'épreuve de l'Histoire de Benoit Beucher (Karthala).
  • Peuples voltaïques et conquête coloniale, 1885-1914. Burkina Faso de Jeanne-Marie Kambou-Ferrand (L'Harmattan).
Les invités
  • Benoît BeucherHistorien, chercheur associé à l’Institut des Mondes Africains
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