Caricature de Cham représentant l'intrusion des manifestants dans l'Assemblée nationale constituante (15 mai 1848)
Caricature de Cham représentant l'intrusion des manifestants dans l'Assemblée nationale constituante (15 mai 1848) ©

Nous sommes à l’Assemblée constituante de la Seconde République. Les députés sont au moins trois fois plus nombreux que les auditeurs d’Inter ce jour au Vieux Colombier. Et ils sont fortement polarisés. Les élections d’avril 1848 ont donné une longueur d’avance aux élites traditionnelles : c’était la conséquence de l’attribution du droit de vote à tous les hommes, même les moins dégrossis, les plus dépendants. Les républicains avancés sont tout de même arrivés aux alentours de 200. Il y a même parmi eux des ouvriers, autrement plus nombreux qu’au Palais Bourbon aujourd’hui. L’Assemblée, nourrie de l’illusion d’une République heureuse, commande en mai une vaste enquête sur le travail agricole et industriel. N’y aura-t-il bientôt plus de prolétaires ? Les journées de juin jettent de part et d’autre des barricades qui surgissent de nouveau dans Paris d’un côté, les hommes de la République sociale et démocrate et, de l’autre, les tenants de la République légaliste. Ceux-ci, qui l’emportent, confient le pouvoir à Cavaignac : le retour du césarisme, « le besoin immémorial des Français, dira Jules Ferry, d’acclamer un maître ». Sur les timbres, Marianne sera représentée avec une couronne d’épis de blé et non pas avec un bonnet phrygien – tout un symbole. Néanmoins, à la fin de l’été, le 11 septembre, l’article 8 de la Constitution à venir qui est ouvert à la discussion garde une tonalité révolutionnaire. « La République, dit-il, doit l’assistance aux citoyens nécessiteux, soit en leur procurant du travail, soit en donnant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler. Pour les modérés, les libertés personnelles et les libertés politiques constituent un objectif mais il en est autrement des libertés sociales. Le grand Tocqueville, élu de la Manche, conçoit mal que l’inégalité soit une violation de la liberté, il rejette les « mille systèmes étranges » que proposent les associations et les pétitions ouvrières qui continuent de parvenir à l’Assemblée. « Il faut, dit-il, que nous déchargions le pays du poids que cette pensée du socialisme fait peser sur sa poitrine ». Aujourd’hui, le droit au travail n’est toujours, au mieux, qu’un horizon et le maintien du smic est de nouveau l’objet de discussions…

 "L'Assemblée en récréation". Caricature de Cham représentant l'Assemblée nationale constituante (4 mai 1848 - 26 avril 1849)
"L'Assemblée en récréation". Caricature de Cham représentant l'Assemblée nationale constituante (4 mai 1848 - 26 avril 1849) ©
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