Jean Yanne lors du tournage du film "Moi, fleur bleue" en 1977
Jean Yanne lors du tournage du film "Moi, fleur bleue" en 1977 © Gamma-Rapho via Getty Images / Giancarlo Botti
Pour son compère Claude Chabrol, Jean Yanne entra aisément dans la peau de Monsieur Homais, le pharmacien de Madame Bovary. Il adorait ce genre de personnage qui proférait des âneries avec une grande sûreté dans la voix : le conformisme doublé de l’esprit de calcul, c’était le méchant parfait ! Dans « Nous ne vieillirons pas ensemble », il n’eut pas non plus beaucoup d’effort pour incarner le macho odieux : « T’es qu’une fille de concierge, barre-toi », jetait-il à Marlène Jobert, repliée dans son coin. Ce fut un triomphe. Les années de l’après-guerre, Fernand Raynaud et Bourvil avaient pu faire rire en jouant la carte de la veulerie ou de la bêtise ; jamais ils n’avaient inquiété les spectateurs. Sous Pompidou et Giscard, le temps n’était plus à la baguette et au béret basque, Yanne était le contemporain de la grande bouffe, du pognon et du divertissement de masse. Rouflaquettes surmontées d’une casquette, Ray-Ban sur le nez, mains fixées au volant d’une puissante cylindrée, il lui restait à incarner la suffisance contemporaine, ce bloc de certitudes que rien ne pouvait entamer. L’année d’avant sa mort, en 2002, il figura encore dans quatre films. Peut-être n’a-t-il pas beaucoup aimé ce métier d’acteur qui, à la fin de sa vie, fut le seul qu’il exerçait encore. Auparavant, il avait été un extraordinaire touche-à-tout : auteur de sketches et de chansons, amuseur à la radio et à la télévision, réalisateur, producteur. Mais il avait une vie de grand seigneur alors qu’il avait une vocation d’artisan. Il fut emporté par la grande spirale du cinéma dont il avait attendu l’autonomie. Comment le lui reprocher puisque la radio qu’il avait tant aimé et la télé s’étaient évidemment refusé à lui accorder l’indépendance ?
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