La question de la démocratisation du livre est posée depuis bien longtemps. Et dès la fin du XIXè siècle les figures académiques du débat étaient déjà en place : pour atteindre le succès faut-il répondre à l’attente de divertissement des acheteurs ou tenter de rendre accessible le meilleur ?

L'interieur d'une librairie spécialisée dans les livres de collection
L'interieur d'une librairie spécialisée dans les livres de collection © Maxppp / Jean Pierre Amet

Le livre de poche apparaît en 1953, au moment où les effets euphorisants de la croissance commencent à toucher l’édition. Les acheteurs qui croyaient peut-être se constituer une bibliothèque cohérente ignoraient que le catalogue n’en obéissait pas à des intentions claires mais dépendait des sombres tractations que menait l’initiateur, Hachette, avec ses confrères qui hésitaient à lâcher leurs droits. Il n’empêche ; il était annoncé : « On va lire Les Fleurs du mal dans le métro et Shakespeare va pénétrer dans les chambres cubiques des HLM ». C’est l’hebdomadaire « Candide » qui parlait ainsi. Il méritait son titre…

En réalité, la question de la démocratisation du livre était posée depuis bien longtemps. Pour ne citer qu’un moment antécédent, c’est dès la fin du XIXème que le seuil des 100000 exemplaires avait été atteint. Les figures académiques du débat étaient déjà mises en place : pour atteindre le succès, faut-il répondre à l’attente de divertissement des acheteurs ou bien tenter de rendre accessible le meilleur ? Et, d’un côté, il y avait déjà des enthousiastes de la grande diffusion et, de l’autre, des seigneurs de l’imprimé qui allaient répétant que le livre ne pouvait être qu’un objet noble.

L’arrivée du livre de poche relance cette question de l’objet. Les éditeurs aiment se présenter comme des acteurs culturels mais ils sont aussi des fabricants. La forme est de première importance. Dès le lendemain de la guerre, avaient été créés des clubs qui proposaient à des abonnés des livres accessibles mais si bien présentés qu’ils sont encore recherchés par les collectionneurs d’aujourd’hui. Les Presses de la Cité, l’entreprise la plus performante de l’époque, vendaient, elle, des ouvrages reliés et cartonnés, avec des couvertures vives. Et c’est le livre de poche, le plus moche au départ, qui emporta l’avantage à la fin du match. Il n’aurait pas duré s’il ne s’était embelli.

L’édition se trouvera toujours à ce carrefour de questions : prix, qualité, beauté… Du moins tant qu’il y aura des lecteurs attentifs qui ne considèrent pas la lecture comme un loisir équivalent aux autres.

Programmation musicale : "Les spaghetti" Minou Drouet

Le Salon du Livre de Paris 2018

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