Guy Desnoyers, curé d'Uruffe, arrivant à son procès à Nancy en 1958
Guy Desnoyers, curé d'Uruffe, arrivant à son procès à Nancy en 1958 © MaxPPP / PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN

Décembre 1956. C’était un autre temps. Moscou venait de mater la révolution de Budapest. En un mois, 110.000 hongrois qui s’étaient jetés sur les routes et dans les trains venaient d’entrer en Autriche, qui leur avait ouverte grandes ses frontières. En France, nul catholique ne se demandait s’il était opportun d’aider ces réfugiés. Dans toutes les paroisses, on collectait de l’argent, des vêtements pour les victimes d’un régime totalitaire.

C’était un temps plein pour l’Eglise. Elle pouvait distribuer ses prêtres dans le moindre village. Ainsi Uruffe, en Lorraine, 400 habitants seulement, avait son curé. Dynamique, qui plus est. C’était le temps des patronages, des cinémas et des théâtres paroissiaux. Sa soutane n’empêchait pas Guy Desnoyers, un solide gaillard de 36 ans, de jouer au foot.

Il la relevait aussi en d’autres occasions. Un homme reste un homme, l’opinion n’en est pas plus émue que cela. Mais voilà que, ce mois de décembre 1956, les Français apprennent que le curé d’Uruffe non seulement vient de tuer une jeune fille de vingt ans mais qu’il l’a éventrée pour en extraire l’enfant de huit mois qu’il avait d’elle, il avait ensuite défiguré l’enfant afin qu’on ne reconnût pas ses propres traits sur le visage à venir.

Un prêtre restant un prêtre, il l’avait préalablement baptisé. Soudain les catholiques faillirent perdre leur bonne conscience.

Le drame, avant le film qui sort aujourd’hui, a inspiré bien des auteurs. Claude Lanzmann par exemple. Bien plus tard, il adressa à Jean-Marie Lustiger le texte qu’il avait écrit dès 1958. Le cardinal lui répondit « Non, mon ami, je ne peux pas lire cela ». Le cardinal Etchegaray, pareillement, ne s’est pas remis de ce qu’il avait vu dans les églises du Rwanda au moment du génocide. Quand, au criminel, est lié le sacramentel, la monstruosité devient insoutenable.

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