En 1492, aboutissement d’un long mouvement de persécution dont le branle avait été donné bien plus tôt dans d’autres pays d’Europe, les juifs d’Espagne sont contraints de se convertir ou d’abandonner leur pays. Certains vont s’enfouir dans les royaumes catholiques et être très vite accusés de dissimulation par une Inquisition prompte à allumer le soupçon et le bûcher. D’autres vont partir sur des routes hostiles. Combien d’embarcations fragiles affrétées par des passeurs voraces ont-elles alors parcouru la Méditerranée, dans un sens inverse à celui qu’on connaît aujourd’hui ?

Malgré la dissémination, et l’accumulation des générations, les séfarades ont souvent gardé la langue et la culture espagnoles pour exprimer leurs sentiments et leurs espérances. Et dès le milieu du XIXème, il en est un, le premier d’une longue liste, qui a demandé officiellement à revenir. Et la tendance au rapprochement des nationaux et des exilés va se poursuivre tout au long du XXème, sans être interrompue par les dictateurs, Primo de Rivera puis Franco.

Aujourd’hui, dans une société espagnole qui aspire à la réconciliation, le mouvement s’accélère. En 1992, le roi Juan Carlos avait profité de l’anniversaire de l’expédition glorieuse de Christophe Colomb pour évoquer aussi la face sombre de cette même année : « Hispano-juifs, vous êtes chez vous dans la nation de tous les Espagnols. » Et son fils, Felipe VI, il y a quelques semaines, est allé encore plus loin : « Chers séfarades, merci pour ce que vous avez apporté à l’Espagne, merci aussi pour la fidélité que vous lui témoignez ». Il est vrai qu’en juin 2015, les députés sortants des Cortes, à l’unanimité, ont voté une loi facilitant le retour à la nationalité espagnole de ceux des séfarades dispersés à travers le monde qui le souhaiteraient.

Le philosophe français Edgar Morin, issu de Thessalonique, s’est dit un peu vieux pour entrer dans le dispositif mais il s’en est félicité. Il a ajouté qu’il restait à mettre en place une autre procédure pour les descendants des maures et morisques. Le dernier royaume musulman résiduel de la péninsule, Grenade, a en effet été conquis la même année fatidique, 1492.

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