Le 18 juin 1940, près une première nuit dans un appartement mal commode que lui a prêté un ami, le général de Gaulle commence à rédiger, fumant Players sur Players, un texte qu'il confie pour dactylographie à Elisabeth de Miribel, la première Française libre. Il compte le prononcer à la BBC le soir.

Le général de Gaulle et son aide de camp Geoffroy Chodron de Courcel à Londres le 26 juin 1940
Le général de Gaulle et son aide de camp Geoffroy Chodron de Courcel à Londres le 26 juin 1940 © Getty / J. A. Hampton

Série "La tragédie de juin 40"

Le général de Gaulle avait été envoyé en mission par Reynaud auprès de Churchill. Quand il revient à Bordeaux, siège provisoire du  gouvernement, le 16 juin au soir, , c'est pour apprendre que Pétain a  remplacé Reynaud.

Il repart pour Londres dès le lendemain, avec le même avion et le même  pilote, accompagné seulement de Geoffroy de Courcel, son aide de camp et de l'émissaire britannique, Spears. Il n'est plus rien, seulement un fugitif qui, en dépit de ses supérieurs, veut continuer le combat. Il  ne lui reste que l'appui de Churchill qui le reçoit aussitôt à Downing Street. Mais, le soir du 17, Jean Monnet, le chef de la mission économique française à Londres, lui refuse le sien à l'issue d'un diner qui se passe mal.

Après une première nuit dans un appartement mal commode que lui a prêté un ami, le général commence à rédiger, fumant Players sur Players, un texte qu'il confie pour  dactylographie à Elisabeth de Miribel, la première Française libre. Il compte le prononcer à la BBC le soir. 

Heureusement, il ne saura pas tout de l'imbroglio que provoque ce projet. A 12h30, le cabinet de guerre britannique se réunit mais sans Churchill qui s'apprête à parler à Westminster. La séance est présidée par  Chamberlain. Le cabinet juge inopportune l'intervention radio de De Gaulle. Les ministres de Sa Majesté estiment prématurée une rupture avec la France:  après tout, Pétain a demandé l'armistice mais Hitler le fait mariner, peut-être posera-t-il des conditions inacceptables et le gouvernement de Bordeaux réenvisagera, qui sait, de se réfugier à Perpignan ou en Afrique du Nord.

C'est Spears, encore bien disposé pour le général ,qui fera l'entremetteur et persuadera un à un les ministres et Churchill sorti de sa sieste qu'il faut laisser parler De Gaulle. Les Britanniques doivent garder le plus de cartouches possible.

Au final, le général peut donc intervenir le soir. Son appel est rediffusé plusieurs fois. Mais l'enregistrement n'en sera jamais retrouvé. Nous ne disposons que de versions imprimées, et encore sont-elles différentes selon le lieu ou le moment où elles ont été produites. Le général a eu beau dire qu'il ne soumettait jamais à quiconque les textes qu'il rédigeait, il lui a bien fallu faire passer celui-ci par le filtre des Britanniques qui ne souhaitaient pas voir employées des formules définitives concernant Pétain.

Ce texte décisif du 18 juin, c'est un Non décisif. Il réunit un diagnostic, une prédiction et un appel à rejoindre la lutte militaire contre l'ennemi. Il se termine par une phrase qui semble gravée dans le  marbre : "Demain comme aujourd'hui, je parlerai à la radio de Londres".  Les messages des jours qui suivront ne viendront pas plus facilement au jour que celui du 18.

Exposition Comme en 40, du 17 septembre 2020 au 10 janvier 2021, au Musée de l'Armée à Paris. Cette exposition a pour ambition de mettre en lumière l’ensemble de la situation française, tant des points de vue militaires, politique, stratégique, économique, qu’idéologique, sociaux et culturels. Elle sera divisée en deux grandes parties, la France en guerre, ainsi que la défaite française et la poursuite des combats par la France libre et la résistance.

Bibliographie :

  • Les Français de l'an 40 de Jean-Louis Crémieux-Brilhac (Folio).
  • L'Appel du 18 juin de Aurélie Luneau (Flammarion)
  • Radio Londres 1939-1944 de Aurélie Luneau (Tempus Perrin)
  • L'appel du 18 juin de François Delpla (Grasset)
  • Charles de Gaulle de Eric Roussel (Gallimard)
  • De Gaulle. Une certaine idée de la France de Julian Jackson (Seuil)
  • La liberté souffre violence de Elisabeth de Méribel (Le Cerf)
Les invités
L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.