Nous sommes à l’aube du troisième millénaire et, peut-être, les générations qui viennent vont-elles connaître un renouveau des conditions impériales

Plaque de la place Ibn Khaldoun
Plaque de la place Ibn Khaldoun © Getty / Godong

Nous sommes autour de l’an 1400 quand Tamerlan le conquérant s’exprime ainsi ainsi devant Ibn Khaldoun, le grand philosophe musulman de l’histoire : musulmans ou non, les empires conquièrent le monde et le perdent toujours : « Passé et présent se ressemblent ».

Nous sommes à l’aube du troisième millénaire et, peut-être, les générations qui viennent vont-elles connaître un renouveau des conditions impériales.

Avec la globalisation et quelles que soient les différences de régime politique et social, le monde constitue en fait un seul empire. Nous l’appelons l’humanité : dans les assemblées internationales, on est tenu de parler un langage lissé; les efforts des uns et des autres tendent à améliorer le mode de vie; l’urbanisation, la scolarisation, le contrôle de la fécondité progressent. Mais voilà qu’un mouvement qui s’affiche clairement archaïque veut enfoncer les portes de la modernité. Ce n’était pas prévu au programme.

Ibn Khaldoun avait pourtant prévenu : « Lorsque les empires se laissent vieillir et que tombe le jour, l’ombre des montagnes avance.» Pour figurer cela, il utilisait une autre image : « Aux marges, disait-il, les bédouins dirigent leurs flèches contre le centre

Tant que les bédouins restent fragmentés par leurs positions géographiques, sociales, religieuses éclatées, l’empire peut encore s’assoupir tranquille. Aujourd’hui, l’extension rapide de l’idéologie du djihad change la donne. Obama a cru pouvoir parler d’une simple équipe de basket de troisième division. Comment le chef de l’état le plus technologique au monde aurait-il pu croire au retour de l’archaïque ? Mais c’est justement son refus du langage contemporain de l’empire consensuel qui fait la force du djihad. Et le faible nombre de ses combattants compte moins que son recrutement très large, dans des dizaines de nationalités, un peu partout dans le monde. Les dissidences de notre empire consensuel ne sont-elles pas en train de trouver un langage commun ?

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