« - Maman, j’vais me laver les mains ! -Non, y ‘a plus de savon. Mets plutôt tes gants. -Mais j’en n'ai plus... »

Un homme poussant une femme âgée dans une petite charrette, sur le pont du Caroussel, au lendemain de la libération de Paris alors que la ville connaît une pénurie de carburant et qu'aucun bus, ni métro ne fonctionne.
Un homme poussant une femme âgée dans une petite charrette, sur le pont du Caroussel, au lendemain de la libération de Paris alors que la ville connaît une pénurie de carburant et qu'aucun bus, ni métro ne fonctionne. © AFP / STF

C’est le propre de la pénurie : elle s’étend de proche en proche et rend les produits inaccessibles les uns après les autres.

C’est le rôle du pouvoir politique de canaliser cette pénurie. Un plan est déjà préparé par le gouvernement Daladier pendant la drôle de guerre : les premiers jours sans alcool, par exemple, apparaissent dès février 1940 mais leur application est molle, afin de ne pas démobiliser l’opinion. C’est après la défaite, en septembre 1940, quand le pays est cloisonné et soumis aux prélèvements allemands, que le régime de Vichy met vraiment en place le rationnement. Le réseau de contrôle qu’il organise porte sa marque : étatisme, dirigisme, bureaucratisme… Les recommandations de frugalité qu’il prodigue lui vont aussi parfaitement au teint : assez bu, assez ri, travail, famille, patrie…

Le temps dégrade très vite le système. La question est aussitôt de savoir sur qui l’opinion va faire porter la responsabilité des difficultés grandissantes. La propagande du régime ne parviendra pas à l’affranchir de son implication dans l’échec. C’est la question du ravitaillement qui commence à rendre Vichy impopulaire.

Ce qu’on a davantage oublié, c’est que les gouvernements d’après la Libération ont dû maintenir le rationnement jusqu’en 1949 ! Plus d’une fois, ils ont manqué de s’échouer sur le même écueil. Les Français n’ont cessé de dénoncer et de détourner un système marqué d’un péché impardonnable dès ses origines.

Programmation musicale : "Le marché rose", par Jacques Pills (1944) / "Elle a un stock"; par Georgius (1941)

A voir : l'exposition Les Jours sans, au centre d'Histoire de la résistance et de la déportation à Lyon, du 13 avril 2017 au 29 janvier 2018.

Le catalogue de l'exposition, aux Editions Libel.

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