La place de Michel dans l’imaginaire politique de beaucoup de Roumains est inversement proportionnelle à celle qu’il n’a pu occuper dans la vie politique réelle.

Le roi Michel de Roumanie
Le roi Michel de Roumanie © Getty

En 1992, c’est après un demi-siècle d’exil que le roi de Roumanie a pu revenir dans son pays. Les successeurs de Ceaucescu craignaient sa popularité. Ils réussirent ensuite à le cantonner à un rôle symbolique. Ils lui rendirent le château de Sinaïa dans les Carpathes et le palais Elisabeth à Bucarest. Et même un titre. Convié à parler devant le Parlement, les deux Chambres réunies, en 2011, il ne pouvait que prononcer un discours d’unité. Il avait atteint l’âge de 90 ans. 

En fait, la  place de Michel dans l’imaginaire politique de beaucoup de Roumains est inversement proportionnelle à celle qu’il n’a pu occuper dans la vie politique réelle. 

Né en 1921, il devient roi en 1927. Un roi-enfant est toujours entouré de la tendresse du peuple.

En 1930, son père Carol reprend le trône pendant que montent la crise économique et le fascisme. Michel, désormais voïvode d’Alba Iulia, se tient dans son coin, boudeur, entouré d’une attente grandissante à mesure que croît l’impopularité de Carol.

En 1940, il redevient roi mais dans des circonstances tragiques. Le pays est dirigé par un Conducator et intégré dans l’Europe nazie. La Roumanie garde tout de même son autonomie mais c’est dans la conduite d’une Shoah atypique, inouïe. Il vaut mieux pour la réputation de Michel qu’il n’ait été alors qu’un fantoche.

1944, il a 23 ans, le Conducator considère encore comme un enfant, Michel  prend l’initiative de rompre avec l’Allemagne. Les Soviétiques sont tout proches. Il signe l’armistice avec eux. Il va tenter de restaurer un système parlementaire et de sauvegarder l’indépendance du pays mais la Roumanie est passée d’une tutelle totalitaire à l’autre. Michel est déposé fin 1947 et expédié hors des frontières en janvier suivant.

Raconter sa vie, c’est traverser les tragédies du siècle. Suivre les avatars d’un destin empêché,  qui s’est achevé ce mois de décembre 2017. 

Programmation musicale : "Impressions d'enfance op.28" de Enesco (Label Ars Produktion)

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