De Daniel Cordier, 97 ans, on dit que c’est encore un jeune homme. Le président n’a pas hésité à le présenter comme un enfant. Il l’était encore en effet quand, sur la côte basque, il a embarqué pour l’Angleterre, dès le 21 juin 1940. Les héros de la France libre étaient des enfants.

Daniel Cordier Compagnon de la Libération, secrétaire de Jean Moulin, le 17 juin 2014 à Paris, France.
Daniel Cordier Compagnon de la Libération, secrétaire de Jean Moulin, le 17 juin 2014 à Paris, France. © Getty / Jean-Luc PETIT/Gamma-Rapho

Au titre de chancelier d’honneur de l’Ordre de la Libération, Daniel Cordier a conduit tout à l’heure le président de la République vers le caveau numéro 9 réservé dans la crypte du Mont-Valérien au dernier des Compagnons – ils sont encore cinq et il se  peut fort bien que le sort le désigne pour y prendre place. Auparavant, il avait reçu d’Emmanuel Macron, à l’Elysée, le grand cordon de la Légion d’honneur.

De Daniel Cordier, 97 ans, on dit que c’est encore un jeune homme

Le président n’a pas hésité à le présenter comme un enfant. Il l’était encore en effet quand, sur la côte basque, il a embarqué pour l’Angleterre, dès le 21 juin 1940. Les héros de la France libre étaient des enfants.

Après son parachutage près de Montluçon en juillet 1942, il est  devenu secrétaire de Jean Moulin dans la clandestinité,  détenteur de tous ses secrets. Exfiltré après l’arrestation de son chef, il entendait bien montrer à son retour à Paris à la Libération qu’un héros pouvait rester un enfant. Rien ne lui est plus étranger en effet que l’esprit ancien combattant, béret sur la tête et clairon à la bouche. « Je n’ai pas commis d’autre exploit que celui de rester libre », répéta-t-il.

Jean Moulin lui avait promis de l’emmener au Prado à Madrid après la guerre

C’est seul qu’il s’y était retrouvé au printemps 1944. Sa vie avait de nouveau basculé. Quelques années plus tard, il se consacra entièrement à l’art. Pour être le galeriste et surtout l’’immense collectionneur d’art contemporain et d’art primitif qu’il fut, il fallait avoir un œil toujours neuf. Il parle d’œil sauvage. L’enfance toujours.

Le jeune homme s’est fait plusieurs vies. A partir des années 1980, aiguillonné par les assertions d’Henri Frenay qui prétendait que Moulin avait joué un double jeu avec le Parti communiste, il s’est entièrement consacré à l’histoire : sa biographie de Jean Moulin qui occupe plusieurs volumes part d’une immense collecte d’archives, toutes examinées à nouveaux frais. Elle a impressionné les historiens qui le considèrent maintenant comme un collègue éminent. Il en tire une grande fierté même si les vérités auxquelles il est parvenu n’ont pas toutes laissé d’empreinte dans le grand public.

Celui-ci est atteint en revanche avec le premier volume de ses Mémoires. Alias Caracalla. Caracalla, c’est le surnom que son ami Roger Vailland avait ajouté à ses pseudonymes de guerre. Régis Debray et Pierre Assouline auraient voulu lui décerner le prix Goncourt mais les autres académiciens répondirent qu’il leur fallait un roman. N’importe. Déjà capitaine au long cours de la recherche, voilà Cordier amiral du style.

Il est aujourd’hui le dernier compagnon de la Libération à qui la grâce a été donnée de rester en possession de tous ses moyens – il va le prouver dans l’entretien qu’il nous accordé. A 11 heures, il a donc accueilli le président de la République au Mont Valérien, non loin de la carrière aux 1014 fusillés, dans le Mémorial voulu par le général de Gaulle et inauguré le 18 juin 1960.

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