Le 17 juin, Pétain devenu président du Conseil, a annoncé qu'il demandait l'armistice et, avant même d'en connaître les conditions, avait cru bon de dire qu'il fallait cesser le combat. Le 18 juin, tard le soir, la BBC avait diffusé le premier appel du général.

Le général de Gaulle enregistrant un des appels au micro de la BBC en 1940
Le général de Gaulle enregistrant un des appels au micro de la BBC en 1940 © Getty / Keystone-France

Série "La tragédie de juin 40"

Les jours qui suivent, les deux hommes vont lancer de nouveaux messages à un rythme rapide. Pétain parle le 23 et le 25. De Gaulle le 22, le 23 et le 26.

Ceux qui ont entendu tout ou partie de ces  deux séries de messages ont eu l'impression d'un continuum mais il convient d'isoler chacun d'entre eux et de le mettre en parallèle avec le message de l'autre.

Evidemment Pétain ne cite jamais de Gaulle afin de ne pas le valoriser. Mais il le désigne indirectement quand il insiste sur le sacrifice qu'il fait en restant en France, sur cette terre sacrée dont il entend faire le socle de son "redressement" moral. L'encre de l'armistice à peine sèche, il pose les bases de ce que Bernanos, depuis son exil brésilien, nomme une "dictature paysanne".

De Gaulle, lui, ne parle pas des régimes politiques, aléatoires, mais de la France de la longue durée. Le glaive est tombé, il en relève le tronçon brisé même s'il  est bien court. Et il s'adresse, "par les ondes et au-dessus de la mer", à son ancien chef: "Monsieur le maréchal, lui dit-il,  on n'avait pas besoin du vainqueur de Verdun pour entreprendre la tâche d'abaissement que vous avez acceptée, n'importe qui aurait suffi."

Les Anglais auraient aimé trouver face à Pétain un contradicteur qui fût davantage connu. Mais aucun Français de stature suffisante n'était disponible à  Londres pour entrer dans le Comité national qu'annonçait le général dans son troisième message, le 23. Tant pis. Churchill qui n'a jamais été aussi proche de de Gaulle que ces semaines-là, lui dit en substance: "Vous êtes seul ? Eh bien, je vous reconnais seul".

Et le 4 août 1940, juste après l'installation de la France libre dans le grand immeuble de Carlton Gardens, Churchill qui n'espère plus rien de Pétain, conclut avec de Gaulle un accord en bonne et due forme  qui, tant bien que mal, tiendra jusqu'à la victoire.

Bibliographie :

  • Pétain de Bénédicte Vergez-Chaignon (Perrin).
  • La France libre de Jean-Louis Crémieux-Brilhac (Folio).
  • Radio Londres. Les voix de la liberté (1940-1944) de Aurélie Luneau, (Tempus/Perrin).
  • Charles de Gaulle de Eric Roussel (Gallimard).
  • De Gaulle. Une certaine idée de la France de Julian Jackson (Seuil).
  • La fin de la Troisième République de Emmanuel Berl (Gallimard).
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