Quelque 12000 vers qui ont franchi quelque 3000 ans et toujours, disait Philippe Jaccottet, traducteur de l’Odyssée, la même fraîcheur d’eau dans le creux de la main.

Ulysse et les Sirènes - Détail d'un stamnos attique à figures rouges du Peintre de la Sirène vers 480-470 av. J.-C.
Ulysse et les Sirènes - Détail d'un stamnos attique à figures rouges du Peintre de la Sirène vers 480-470 av. J.-C. © British Museum / Jastrow

La distance qui sépare d’Homère crée, étrangement, un lien, radieux.

En revanche, la distance qui, dans le livre, sépare Ulysse, revenu de la guerre, d’Ithaque où il veut revenir, est incommensurable. Ulysse voulait être un simple mangeur de pain, rien ne lui importe vraiment que de retrouver son identité et la vie tranquille de roi paysan qui ira avec. Poséidon en a décidé autrement. Chaque fois qu’il prend la mer, le dieu le plonge dans les gouffres du danger. Pis, chaque fois qu’Ulysse parvient à aborder une terre, c’est pour se retrouver dans un temps comme suspendu, où il n’est pas libre de ses mouvements.

En somme, Ulysse voudrait rejoindre… la marche de l’Histoire. Dans l’Iliade, tout était plus simple ; il suffisait de bien mourir. Dans l’Odyssée, c’est une autre affaire : devenir un modeste piéton, cela exige toute une initiation.

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Intervention de Jean-Pierre Vernant dans le cadre de la thématique "Classiques de la mémoire humaine".

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