Il se trouve que c’est le président d’alors qui a assuré à sa façon l’inauguration, en 2010, du fonds Ricœur. Il l’a fait à sa façon. Personne n’a le monopole de Ricoeur.

Paul Ricoeur en 2003
Paul Ricoeur en 2003 © AFP / MARTIN BUREAU

Il se trouve que c’est le président d’alors qui a assuré à sa façon l’inauguration, en 2010, du fonds Ricœur. Il l’a fait à sa façon. Et c’était bien ainsi : personne n’a le monopole de Ricœur, lequel a toujours défendu le partage du langage dans la reconnaissance mutuelle.

S’il l’avait connue, cette anecdote aurait plu à Nicolas Sarkozy. Entre 40 et 45, le jeune philosophe est prisonnier en Poméranie orientale. Un matin qu’il fait très froid, son voisin de châlit se lève le premier. Ricœur le presse aussitôt de questions : comment et pourquoi es-tu sorti du lit ? Cette idée de sortir a-t-elle précédé l’acte ou est-ce l’inverse ? Dès l’aube, Ricœur préparait ainsi sa thèse sur la volonté qu’il ne pourra soutenir qu’en 1950. Et plus tard dans la journée, avec une même gaîté non feinte, il donne des cours à la chambrée transformée en université. Sortir de soi, prendre sur soi. Passer par les autres pour être fidèle à soi.

Le parcours qui suivra peut paraître classique, surtout marqué, en apparence, par les changements de postes universitaires et l’installation, en 1956, dans la petite communauté des pionniers de la revue « Esprit », les Murs blancs ou il occupera jusqu’à la fin le rez-de-chaussée du pavillon jaune. L’enseignement, la machine à écrire, la lecture sous la lampe… Emmanuel Macron quand il viendra l’assister dans son travail en 1999 admirera cette vie tout en décidant de ne pas avoir la même.

« Me manquerait l’action trépidante », dira-t-il plus tard. Et puis, attendre la soixantaine pour gagner la reconnaissance… C’est en effet dans les années 1980 seulement que l’influence de Ricœur s’élargit, les Etats-Unis ayant d’ailleurs précédé la France. Chez nous, les luttes idéologiques frontales lui avaient longtemps laissé peu de place. On comprenait mal qu’on pût être un partisan résolu mais modéré de l’utopie, un réformiste et un révolutionnaire en même temps. Puis est venue l’époque des eaux mêlées, pour reprendre le titre de son vieux camarade Ikor. L’injonction d’être ce que l’on est ne peut se réaliser qu’avec le concours des autres.

Programmation musicale : Erik Satie "Sonatine bureaucratique pour Piano" (1917)

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