La collection « Bouquins » propose la version intégrale du Journal de Julien Green pour la période 1919-1940. Surprise ! De l’aveu de l’auteur lui-même, le récit détaillé de ses aventures homosexuelles y occupe une place majeure, presque dominante.

Julien Green venant de recevoir le prix Prince-Pierre de Monaco en 1951
Julien Green venant de recevoir le prix Prince-Pierre de Monaco en 1951 © Getty / Bettmann

Julien Green fut un écrivain considérable - et longtemps très considéré. Le succès l’entoura dès ses premiers livres. Il mena une vie confortable : bergères au salon, feu dans l’âtre, fleurs dans les vases. Né avec le siècle, académicien en 1971, mourant presque centenaire en 1998. Il avait fini par ressembler à un chanoine à qui les plus jeunes, à l’heure du thé, venaient raconter leurs histoires.

Son Journal occupe dix-huit volumes. Mais ce qui a été publié n’en représente pas la totalité. La collection « Bouquins » en propose la version intégrale pour la période 1919-1940. Surprise ! De l’aveu de l’auteur lui-même, le récit détaillé de ses aventures homosexuelles y occupe une place majeure, presque dominante. Bernard Pivot observe que s’il avait eu connaissance de la totalité du texte, il aurait naguère posé des questions beaucoup plus effrontées au vieux maître…

Pourquoi Green décrivait-il ainsi jusque dans le détail ses bonnes et mauvaises fortunes qu’il lui arrivait de partager avec son compagnon Robert de Saint Jean. Robert qu’il préférait en public présenter comme son ami platonique que comme son amant…

Pourquoi écrit-on alors qu’on sait que ce qu’on écrit est impubliable de son vivant ?

Pourquoi voulut-il conserver ces carnets intimes plutôt que de les détruire ? Voulait-il nourrir une documentation sur la vie homosexuelle d’entre les deux guerres ? Ce n’est pas impossible. En ce cas, c’est réussi : voilà Green aujourd’hui promu à son corps défendant écrivain LGBT. Mais on peut penser qu’il songeait bien plus à laisser voir en lui le travail de la grâce plutôt que celui du désir. La sensualité sans amour lui paraissait bien inférieure au christianisme qu’il présentait comme une religion de l’amour. Mais comme il détestait les livres de piété, il disait que si d’aventure, il avait voulu convertir quiconque, il l’aurait mené dans les boites plutôt qu’à la messe. De ce point de vue, on peut dire qu’il est un bon guide. Il aimait modérément Mauriac mais il appréciait à sa juste valeur cette phrase que celui-ci lui dit un jour : « Là où il y a le démon il y a le Christ ».

Le site de la Société Internationales d’Etudes Greeniennes

La Revue "Etudes Greeniennes"

Bibliographie :

Julien Green _Journal Intégral Tome 1 (_version intégrale du Journal de 1919 à 1998) Robert Laffont

Julien Green Jeunes Années. Autobiographie Flammarion

Wolfgang Matz Julien Green, le siècle et son ombre Gallimard-Arcades

José Cabanis Le Diable à la NRF (1911-1951) Gallimard      

Discographie :

Cantate de Bach BWV 170 par Alfred Deller

Les invités
  • Guillaume FauConservateur en chef du service des manuscrits modernes et contemporains de la BNF
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