Premier numéro du journal « Le Monde » daté du 19 décembre 1944
Premier numéro du journal « Le Monde » daté du 19 décembre 1944 © domaine public

Nous sommes revenus dans les médias aux structures capitalistiques d’avant-guerre : la presse d’industrie , disait avec une moue Hubert Beuve-Méry, le fondateur du « Monde ». Que la presse fût une industrie, il le concevait mais, pour sa part, il se voyait comme un artisan, indépendant des puissances d’argent.

Aujourd’hui, les espérances des animateurs de la presse de la Libération nous laissent songeurs. Brisson au « Figaro » : « pas d’éloquence, de la bonne foi, la volonté de renseigner le public ». Camus à « Combat » : « Les nouvelles fausses ne seront pas présentées comme vraies ». Beuve-Méry, lui, citait Péguy : « Je dirai bêtement la vérité bête, ennuyeusement la vérité ennuyeuse, tristement la vérité triste ».

Il reste que « Le Monde » a été le seul quotidien parisien né à l’époque à rencontrer le succès tout en respectant ses principes de départ. L’indépendance par rapport aux puissances d’argent et au pouvoir politique avait été très difficile à conquérir les douze premières années ; au temps de De Gaulle, l’avenir paraissait mieux assuré. En somme, en France, il y avait les institutions de la Vème et elles étaient flanquées d’une autre, destinée aux « élites » et qui n’en faisait qu’à sa tête : c’était « Le Monde », dont les ventes triplèrent entre 1958 et 1969, date du départ conjoint de De Gaulle et de Beuve-Méry.

Beuve-Méry n’étant pas du genre à dire merci, nul ne doit se sentir obligé d’exprimer de l’admiration et de la reconnaissance pour le travail de chien qu’il a mené avec son équipe pendant un quart de siècle. On peut cependant citer une phrase qu’il lâcha un jour : « La France a eu trois chances : la Libération, De Gaulle et « Le Monde » ».

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.