La semaine passée, dans le modeste appartement de la veuve de Maurice Audin, se déroulait une scène exactement symétrique de celle qui s’était passée à Alger le 11 juin 1957.Ce jour-là, des militaires pénétraient dans le HLM d’Alger où vivait la famille Audin...

Place Maurice Audin, Paris.
Place Maurice Audin, Paris. © Radio France / Charlotte Perry

La semaine passée, dans le modeste appartement de la veuve de Maurice Audin, se déroulait une scène exactement symétrique de celle qui s’était passée à Alger le 11 juin 1957. Ce jour-là, des militaires pénétraient dans le HLM d’Alger où vivait la famille Audin. Ils arrêtaient Maurice devant Josette et leurs trois enfants. La semaine passée, à Bagnolet, c’était assise dans un grand fauteuil que Josette Audin recevait  Emmanuel Macron qu’on avait installé plus bas dans un canapé. Le président s’était fait accompagner de l’amiral Rogel, son chef d’état-major à l’Elysée. Pierre, l’un des trois enfants Audin, se tenait à leurs côtés, vigilant. Emmanuel Macron avait auparavant rédigé une déclaration où il disait qu’ « en échouant à prévenir et punir l’usage de la torture en Algérie, les gouvernements successifs avaient mis en péril la survie des hommes et des femmes dont se saisissaient les forces de l’ordre ».

Il avait annoncé aussi une dérogation générale ouvrant une libre consultation sur tous les fonds d’archives de l’Etat qui concernent ce sujet.

Pierre Mansat était aussi présent à Bagnolet. Il préside une Association Maurice Audin, lointaine descendante du premier Comité Audin qui se constitua dès 1957. Si Audin n’a jamais été oublié, il le doit à sa famille évidemment, au Parti communiste qui en a fait un héros d’une éternelle jeunesse mais aussi aux comités successifs qui lui ont conféré un statut symbolique. De nombreux mathématiciens ont fréquenté ces comités : ils témoignent d’un milieu spécifique. Mais le premier rôle a été tenu  par des intellectuels et, au premier chef,  des universitaires  peu dépendants des partis à moins qu’ils n’en aient constitué un à eux tout seuls : le parti de la morale.

Les comités Audin n’ont pratiquement disposé que de l’écrit – le texte écrit, la plainte déposée en justice. Ils ne purent jamais atteindre le plus vaste public à la différence des défenseurs de Dreyfus dont ils se voyaient les continuateurs. Mais ils ont maintenu la flamme, permettant sans doute l’aboutissement qui est venu encore plus tard que pour Dreyfus : au bout de ­soixante et un an…

Site de l'Association Maurice Audin

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