Années 20 : la France est le pays du monde où le pourcentage d'étrangers est le plus important, avant les Etats-Unis ! Mais la crise de 1929 remet en question cet état de fait.

Des réfugiés dans les années 1920
Des réfugiés dans les années 1920 © Getty / ullstein bild

Pendant la Grande Guerre, la France avait fait appel à des centaines de milliers de travailleurs, coloniaux, étrangers, dont bon nombre de chinois.

Dans les années 1920, les nécessités économiques et démographiques font que l'immigration a été longtemps la bienvenue. Le patronat industriel fonde à cet effet une société générale d'immigration en 1919. De leur côté, les agriculteurs et les viticulteurs se félicitent de la venue de saisonniers. La France devient le pays du monde où le pourcentage d'étrangers est le plus important, avant les États-Unis !

Une première loi en 1926 tente bien d'assurer un meilleur contrôle des personnes qui entrent. Mais c'est le début de la grande crise économique qui provoque une première réaction. La presse d'extrême droite, au premier rang de laquelle L'Ami du Peuple, lance une campagne. Les socialistes, sensibles aux réactions de leur électorat ouvrier, proposent dans un premier temps de fixer un plafond, de 10%, à ne pas dépasser. Adolphe Landry, le ministre du travail du gouvernement Laval, est un démographe qui sait que notre pyramide des âges est creusée par les effets de la guerre. Le texte qu'il met aux voix, est donc élastique.

Les quotas seront du ressort des partenaires sociaux, et il incombera aux syndicats patronaux et ouvriers de les fixer, région par région. Seuls les communistes vont s'opposer vigoureusement. Il se trouve qu'ils sont représentés à la tribune par Jacques Doriot, maire de Saint-Denis, homme aux sincérités successives, qui finira dans l'autre camp.

Mais un autre milieu se dressera aussi contre les travailleurs étrangers : celui du cinéma. En 1934, Paul Morand, considéré comme un arbitre de l’élégance française publie « France la doulce ». Ce livre, indisponible aujourd’hui, est un pamphlet d’une rare violence dirigé contre les producteurs étrangers qui œuvrent dans le cinéma de « notre pays ». Nous sommes un an après l’arrivée d’Hitler au pouvoir : les juifs et autres apatrides allemands sont évidemment les plus indésirables.

Sacha Guitry fait lui preuve de beaucoup plus de retenue dans le film « Ils étaient neuf célibataires », qu’il sort beaucoup plus tard. Le scénario est inspiré par l’affaire des décrets-lois qu’il défend avec cet air de ne dire que des choses plaisantes qui lui est propre. Le Guide des films de la collection Bouquins, un classique, explique que le sujet du film est le mariage blanc, « sujet d’actualité et d’éternité que le maître traite avec la virtuosité du désinvolte à moins que ce ne soit le contraire ». À y bien regarder, on voit bien qu’on n’est pas dans un moment aimable de l’histoire de France.

Émission réalisée au théâtre du Vieux-Colombier.

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